Les journées internationales, les défilés, le folklore et tout le blabla…

Mercredi dernier, on célébrait la journée internationale DES DROITS des femmes – qui a été rapidement transformée en « Journée de la femme », puis en « Fête de la femme » au Cameroun. Et contrairement aux années antérieures, je me suis abstenu d’écrire sur cette célébration, ou même de la commenter sur les réseaux sociaux. En réalité ça fait quelques années déjà que préfère garder le silence lors de certaines célébrations décrétées par les Organisations internationales. C’est en partie à cause de la façon dont nous, Camerounais, percevons ces journées, mais ce n’est pas la seule raison de ma révolte silencieuse mon indifférence.

Thématiques déconnectées

La première chose que je reproche à ces célébrations, ce sont les thèmes choisis et imposés à tout le monde. Or, il est impossible de trouver un thème qui pourra convenir à tout le monde. Si je prends le cas de la célébration qui vient de s’achever, je dirai pour illustrer mon propos que les difficultés auxquelles les femmes font face diffèrent en fonction des continents où elles se trouvent, des pays dans lesquels elles vivent et même des spécificités culturelles des sociétés dans lesquelles elles évoluent.

Parler des femmes dans le monde du travail (pour un monde 50-50 en 2030) est bien beau, mais ce genre de slogan ne signifie absolument rien dans certaines parties du monde où les femmes n’ont pas le droit à la parole, et encore moins le droit à l’éducation ou au travail. En conséquence, ces dernières sont automatiquement mises à l’écart d’une célébration qui pourtant les concerne en premier lieu.

Pour être plus efficaces, les thématiques choisies pour la célébration de journées internationales devraient différer d’un coin à l’autre de la planète, en fonction des difficultés rencontrées, parce qu’une thématique inappropriée réduit la célébration à une série de festivités sans qu’il n’y ait forcément de phase de réflexion ou de remise en question préalable nécessaire pour améliorer une situation ou résoudre un problème.

Célébrations ponctuelles

L’autre chose que je reproche aux différentes célébrations telles qu’organisées sous nos cieux, c’est leur caractère ponctuel, éphémère. Je veux dire que, quand un thème est choisi pour une célébration, et malgré le fait que parfois des plateformes de réflexion sont mises sur pieds, il y a rarement (pour ne pas dire jamais) un plan d’action défini pour régler le problème posé dans le thème. La plupart d’entre nous auront oublié jusqu’au thème de la journée qu’ils célébraient une semaine auparavant.

L’essence des journées internationales c’est de soulever les problèmes auxquels font face certains groupes humains dans le but, et c’est ça le plus important selon moi, d’y apporter des solutions. Je me suis amusé il y a quelques années à faire une sorte de rétrospective, sur 5 ans, des thèmes de la journée mondiale de l’enseignant en essayant de faire le bilan sur ce qui a été fait pour régler le problème soulevé par le thème. Le constat que j’ai fait c’est que les problèmes posés n’avaient jamais été résolus. Je me souviens d’ailleurs que le thème de la journée de l’enseignant en 2009 était le même, à peu de mots près, que celui de la journée de l’enseignant en 2014. C’est dire si le problème posé persistait.

La célébration d’une journée internationale comme celle des droits de la femme ou celle des enseignants devrait se clôturer par la mise sur pieds d’un programme qui pourrait s’étendre sur un an, et qui donnerait la stratégie à implémenter pour apporter des solutions réelles aux problèmes des femmes, des enseignants, ou de tout autre groupe concerné par ladite célébration, de façon que, avant la célébration suivante, un bilan puisse être fait pour évaluer les avancées.

Folklore, blabla, perte de temps

Tant que la célébration des journées internationales se limitera à des défilés suivis de réjouissances diverses, tant qu’on se contentera d’organiser des tables-rondes ou bien des débats sans impact réel sur le terrain, tant qu’on ne choisira pas le thème des célébrations avec soin en tenant compte des problèmes réels et du contexte, les journées internationales, telles que célébrées chez nous, resteront une grosse perte de temps.

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Photo d’illustration: bonjourbintou.com

3 thoughts on “Les journées internationales, les défilés, le folklore et tout le blabla…

  1. Le fait que les journées internationales sont sans impact au Cameroun comme en RDC est-il le fait des organisations internationale ou de nos États ? Je m’interroge. Si ce sont nos États, alors je ne voit pas où le problème avec le thème.

    1. Le problème se trouve à deux niveaux: l’implementation sur le terrain bien sûr est la responsabilité des gouvernements qui n’entreprennent aucune action pour que cette célébration aie un impact dans réel les vies des femmes, mais les thématiques aussi sont à revoir parce que toutes les femmes du monde ne peuvent pas se reconnaître dans la même thématique. Et à mon avis c’est un problème. C’est vrai que les gouvernements peuvent décider d’avoir des thèmes secondaires donc ici aussi ils sont partiellement responsables. Pour terminer au sujet des thèmes, j’ai trouvé celui de cette année particulièrement mauvais (ça m’a beaucoup fait penser au concept de l’émergence horizon 2035 prôné par nos dirigeants pour nous endormir tandis qu’ils spolient nos ressources), mais bon, là n’est pas le débat.

  2. La célébration de la Journée Internationale de la Femme, au Cameroun, revêt un caractère plus festif. Ce caractère festif prend de l’ampleur au fur et à mesure que le temps passe. C’est à se demander si les femmes sont mêmes au courant de l’évolution du Monde. Les thèmes de ces journées sont vagues et les débats organisés (très rarement) manquent d’objectivité. Quand on aborde ces thèmes de manière objective, on se rend compte qu’ils ne se rapprochent même pas de la réalité vécue au quotidien par les femmes​, surtout celles des zones rurales.
    De plus, les femmes elles-mêmes n’accordent aucune importance particulière à la partie éducative de cette journée. Rares sont les tables-rondes organisées pour que les femmes s’expriment véritablement sur les problèmes auxquels elles font face au quotidien. Même si l’on organise des tables-rondes, les femmes désistent et préfèrent agresser les couturiers. Le pagne est plus important à leurs yeux que la raison même de l’organisation d’une telle journée.
    La Journée Internationale de la Femme sera toujours une journée de divertissement, d’exactions et d’exagérations de la part des femmes camerounaises tant qu’elles ne comprendront pas que c’est la seule journée de l’année au cours de laquelle La femme peut rehausser son statut au sein de la société en proposant des solutions concrètes aux problèmes qui entravent sa réelle émancipation et non cette émancipation factice qui a transformé cette Journée Internationale de la Femme en Journée du Libertinage de la Femme Camerounaise.

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