Non, une fillette n’est pas excisée dans le monde toutes les 11 secondes

Article : Non, une fillette n’est pas excisée dans le monde toutes les 11 secondes
23 octobre 2019

Non, une fillette n’est pas excisée dans le monde toutes les 11 secondes

Un tweet publié le 19 octobre 2019 sur l’un des comptes Twitter d’Arte (@ARTEinfo) avance des chiffres concernant les mutilations génitales féminines (MGF). Selon Arte, « toutes les 11 secondes, une fillette est excisée. Soit 3 millions chaque année ». Le tweet est accompagné d’une vidéo qui reprend la même statistique et avance d’autres chiffres concernant les MGF. Comme sources, la vidéo cite l’UNICEF et l’OMS. Le chiffre revient également dans un reportage disponible sur le site d’Arte, et intitulé « Kenya : en finir avec l’excision ».

Une information répandue

Arte n’est pas le seul média qui avance cette statistique. L’ONG Plan International, dans une campagne contre l’excision reprend la même statistique et ajoute que « toutes les 10 secondes une fille de moins de 12 ans subit une mutilation génitale » sans citer aucune source.

Le site Genre en Action quant à lui, parlant des mutilations génitales féminines, indique également que « 3 millions de fillettes sont soumises à cette pratique chaque année » en citant comme source une publication de l’UNICEF qui date de 2005. Même chose pour le site Planète Santé qui, dans un article publié en juin 2017 affirme, en citant l’UNICEF, que « chaque année 3 millions de femmes subissent des mutilations génitales ».

L’association Excision Parlons-En, sur son site Alerte Excision avance des chiffres similaires. « Dans le monde 6 filles sont excisées chaque minute », peut-on lire sur le site de l’association (ce qui fait environ 3 millions par an). L’information a été largement reprise par de nombreux médias, bien qu’aucune source ne soit citée par l’association.

N’ayant reçu aucune réponse jusqu’ici de la part d’Arte que nous avons contacté sur Twitter pour en savoir plus sur leur source nous avons continué à chercher d’autres sources possibles pour cette information.

Les chiffres sur les MGF

Certains internautes qui ont repris le tweet d’Arte ayant également indiqué que la source de l’information était l’UNICEF, nous avons immédiatement essayé de retrouver cette statistique sur le site de l’institution. Pour cela, nous avons consulté les rapports de l’UNICEF pour les années 2016, 2017 et 2018. ainsi que d’autres documents parmi lesquels l’aperçu statistique des mutilations génitales féminines/excision (MGF/E) publié en juillet 2013. Dans aucun de ces documents nous n’avons pu retrouver ces données.

En consultant l’étude citée par Genre en Action, il s’avère que l’information donnée par le site est différente de ce qui est mentionné dans la source. En effet, le document produit par le centre de recherche Innocenti de l’UNICEF, affirme à la page 11, que « chaque année, environ trois millions de filles et de femmes subissent l’E/MGF sur le continent africain (Afrique subsaharienne, Égypte et Soudan) ».

Le chiffre « fourni par Stan Yoder, Measure DHS, ORC Macro », provient d’une estimation faite en 2000. Il concerne uniquement l’Afrique et englobe les filles et les femmes. Mais surtout, le même document émet des réserves sur la méthodologie de l’étude dont les conclusions sont très approximatives à cause de certains facteurs tels que l’absence de données concernant la prévalence de l’excision pour les fillettes moins de 15 ans, et surtout l’indisponibilité des données pour certains pays d’Afrique subsaharienne (page 12).

En effet, les données disponibles sur les mutilations génitales féminines restent à ce jour imprécises : une brochure intitulée Female Genital Mutilaton/Cutting : A Global Concern et publiée en 2016 par l’UNICEF indique que, même si la prévalence des MGF a baissé durant les 30 dernières années « le nombre exact de femmes et de filles ayant subi les mutilations génitales féminines dans le monde demeure inconnu ».

D’autres chiffres disponibles sur le site de l’OMS indiquent que « plus de 200 millions de jeunes filles et de femmes, toujours en vie, ont été victimes de mutilations sexuelles pratiquées dans 30 pays africains, du Moyen Orient et de l’Asie où ces pratiques sont concentrées », mais aucune indication sur le nombre de fillettes excisées par an.

Trois millions de fillettes ne sont pas excisées par an

En parcourant ce fact-sheet sur le site de l’OMS, nous avons retrouvé le chiffre sur lequel s’est vraisemblablement basé Arte pour déduire qu’en moyenne 11 fillettes sont excisées toutes les secondes. En effet, l’OMS donne un chiffre qui est une estimation, pas du nombre de fillettes excisées, mais plutôt de celles qui sont en danger.

L’OMS déclare que, « plus de 3 millions de jeunes filles par an sont menacées par ces pratiques ». Il ne s’agit donc pas de victimes, mais de potentielles victimes. Un autre article publié sur le site de l’UNICEF va dans le même sens en affirmant que « chaque année, dans le monde, plus de trois millions de filles sont exposées au risque de subir des mutilations génitales féminines ».

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Image par Valéria Rodrigues Valéria de Pixabay

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Commentaires

Fanchon Plan B
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Merci pour ce billet qui oublie de rappeler cependant que cette pratique est reconnue comme un crime par de nombreux États africains, grâce à la mobilisation internationale. Pourquoi ? Est-ce une évidence ? Ou une loi actée mais sans effet selon les régions concernées ? L’excision concerne aussi femmes et fillettes en Europe. Le gouvernement français a par exemple lancé un plan d’action en juin dernier. Pour nourrir vos débats, au-delà de l’approche par les chiffres, et encourager la fin de ces pratiques, voici un film dont l’avant première africaine a lieu le 13 novembre à Nairobi dans un sommet des Nations Unies dédié au développement durable, la santé et les droits des femmes.
J’ai vu ce film, A girl from Mogadishu, en Bretagne, j’ai rencontre et échange avec Ifrah Ahmed et la réalisatrice Mary McGuckian. Je vous le recommande. Film de fiction inspiré de faits réels, langue somali, sous-titres en anglais et en français Merci encore de votre intérêt sur ce sujet emblématique du chemin qui reste à parcourir, quelque soit le nombre de victimes , réel ou potentiel. https://www.femmesicietailleursblog.com/post/my-name-is-ifrah-mon-nom-est-ifrah
A lire aussi sur ce sujet mon dernier billet sur Plan B. Avec mes meilleurs souvenirs de notre rencontre à Dakar
Fanchon
https://dernierbaiser.mondoblog.org/2019/11/02/femmes-ici-et-ailleurs-naissance-dun-blog/