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Ces Zones d’Éducation Prioritaire (ZEP) où l’éducation n’est pas une priorité

La dernière fois quand je suis allé à Nguila (en réalité je me suis arrêté à Ntui), j’ai eu à m’entretenir avec un enseignant à la Délégation Départementale des Enseignements Secondaires (DDES) du Mbam et Kim, qui me conseillait de rester dans ce département – rappelez-vous, j’ai eu deux mutations dans deux régions différentes – parce que c’était une Zone d’Éducation Prioritaire (ZEP). Plus tard, j’ai été un peu intrigué par les fameuses ZEP. Vu l’enclavement du Mbam et Kim et les conditions de vie qu’on m’a décrites difficiles, j’ai décidé d’examiner ce concept de près.

« Donner plus à ceux qui en ont le plus besoin »

Dans le système éducatif, les ZEP désignent les « zones dans lesquelles sont situés les établissements scolaires dotés de moyens supplémentaires et d’une plus grande autonomie pour faire face aux difficultés d’ordre scolaire et social » (wikipédia). Si on s’en tient à cette définition, on s’attend à ce que les établissements scolaires situés dans les ZEP soient mieux construits, mieux équipés, mieux fournis en personnel que les autres établissements. Mais il semble que ce ne soit pas exactement ça en pratique.

Les ZEP sans personnel, ou bien avec du « mauvais » personnel

Quand j’allais à Nguila, j’ai rencontré une amie, enseignante elle aussi, qui me disait avoir été affectée au lycée bilingue de Ntui, établissement situé dans la ZEP qu’est le Mbam et Kim. Mais en bavardant avec cette dernière, j’ai appris qu’qu’il s’agissait en réalité d’une affectation disciplinaire. Donc, dans une zone où on devrait affecter les meilleurs éléments du corps enseignant, on y envoie plutôt les plus récalcitrants, et les plus indisciplinés.

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Une salle de classe au Cameroun – Crédit photo: Desy Danga (kalangoo-84.blogspot.com)

Si on prend le cas du lycée bilingue de Nguila, on verra que c’est encore pire : l’établissement, selon les dires de la DDES du Mbam et Kim, n’aurait actuellement pas de proviseur, depuis que l’ancien a été muté (ou promu, je ne sais plus). Comment un établissement scolaire peut-il, jusqu’en mi-octobre (quand j’y étais), rester sans proviseur ? Et c’est encore pire s’il est situé dans une ZEP !

La vie dans les ZEP : un vrai calvaire

En causant avec mon oncle qui vit à Ntui, j’ai appris que là bas, l’électricité est discontinue. Mon oncle m’a d’ailleurs fait savoir que depuis environ un mois, le courant était interrompu chaque jour dès 18 heures dans la ville. Sachant qu’en journée enseignants et élèves sont à l’école et que c’est le soir qu’ils peuvent faire leurs préparations et leurs révisions, on se demande comment le niveau scolaire peut être relevé ! Comment les enseignants feront-ils pour préparer leurs cours sans lumière ? Un cours préparé dans l’obscurité, c’est-à-dire sans possibilité de faire des recherches et des vérifications supplémentaires sur internet, est-il un bon cours ? Et puis, à quel moment les enfants vont-ils réviser leurs leçons ? Autant de questions dont les réponses ne laisseront aucun doute sur le fait que dans les ZEP, l’éducation est loin d’être une priorité.

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Une école dans une ZEP au Cameroun – Crédit photo: Desy Danga (kalangoo-84.blogspot.com)

À cause de ces difficultés certains des enseignants affectés dans ces zones préfèrent résider dans d’autres villes plus accueillantes. Mais ça n’arrange pas le problème : quand on voit l’état de la route qui mène à Ntui, on se demande si un être humain peut l’emprunter deux fois par jour et pendant ne serait-ce que deux jours… En conséquence, les cours sont délaissés, les élèves abandonnés – malgré le caractère prétendument prioritaire de l’éducation dans la zone.

Portant, « c’est le fond qui manque le moins »

Il est quand même étonnant que les ZEP soient aussi délaissées, surtout que des financements sont parfois attribués au projet d’appui à la scolarisation des ZEP ! En juin dernier, un prêt de 5 milliards a été accordé par la BID (Banque Islamique de Développement) pour l’aménagement des ZEP dans le pays, plus un don de 7,4 milliards !

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A quoi ont servi les financements de la BID ? – Crédit photo: Desy Danga (kalangoo-84.blogspot.com)

En attendant que cet argent soit utilisé à bon escient, on peut quand même décrier le manque de volonté et le laxisme des autorités camerounaises et de la communauté éducative qui ne font rien pour que l’éducation soit une priorité dans les ZEP.

4 commentaires sur “Ces Zones d’Éducation Prioritaire (ZEP) où l’éducation n’est pas une priorité

    1. C’est d’autant plus dommage que ces générations sont sacrifiées sur l’autel des intérêts égoïstes de certains. Puisqu’il y a des prêts et des dons qu’on reçoit pour faire des ZEP des endroits vivables. Ils s’en mettent plein les comptes bancaires, et basta!

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