N’allez surtout pas à Nguila avec du Champagne ! (Première partie)
En août dernier, j’ai été muté de la région de l’extrême-nord pour la région du centre Cameroun. Ce fut un grand soulagement pour mes proches et moi (Maroua, où j’enseignais avant, est devenue une ville militarisée avec couvre-feu à 18 heures, depuis que les attaques de la Boko Haram sont devenues récurrentes dans la région). Cependant, la bataille n’était pas encore gagnée. Il fallait maintenant espérer qu’on ne me « balance » pas dans un village invivable de la région du centre. J’ai prié croisé les doigts, et même les orteils. Mais il faut croire que Dieu n’est pas sourd qu’aux prières des chrétiens… Il ne m’écouta pas. Le verdict tomba le 30 septembre dernier tel un couperet : j’étais affecté au lycée bilingue de Nguila, dans le département du Mbam et Kim.
Je ne suis pas en avance !
À l’heure où je prenais connaissance de la note de service qui l’envoyait à Nguila, j’avais déjà dépassé délai de 10 jours qu’on accorde aux enseignants pour prendre service. Dépité (par le lieu de la mutation hein, pas par le retard), je fis demi tour et rentrai, me demandant où diable pouvait se situer cette fameuse ville. Il était plus qu’impératif que je m’y rende pour au moins prendre service.
« Il y a aussi de la vie à Nguila »
En rentrant, j’étais tellement impatient que j’essayai de localiser ce village que j’imaginais perdu dans un coin de brousse, à

l’aide de Google Maps. Rien. Même Google qu’on disait le meilleur espion de la terre, ne put localiser Nguila. Mon anxiété monta d’un cran… Alors, en faisant d’autres recherches sur le web cette fois-ci, j’ai enfin une réponse venant d’un article posté sur… Mondoblog.org.
Frénétiquement, j’ouvris l’article. En découvrant l’auteur et le titre de l’article, je compris que je ne devais pas espérer que ce village soit un paradis. Faites un tout sur le blog de Dania (dania.monboglog.org), et vous comprendrez : la majorité de ses articles parlent de coins perdus du Cameroun (Moutourwa, Minawao, Moulvoudaye, etc.), d’enfants malnutris, de réfugiés etc. Son billet sur Nguila acheva de me démoraliser : « Il y a aussi de la vie à Nguila » titrait-il. Tout a ne présageait rien de bon…
De nouvelles informations
Arrivé à la maison, j’apprends de mon frère aîné qu’un oncle à nous réside à Ntui, chef lieu du département du Mbam et Kim, et également la ville la plus proche de Nguila (35 kilomètres d’après la carte routière que mon frère a tôt fait de consulter). En outre, j’apprends que pour se rendre à Ntui, il faut emprunter le bac – ça a cuit ! J’ai une sainte crainte de l’eau, et cette histoire de bac ne m’encourageait pas beaucoup. Mais la vérité était que je n’avais pas le choix. Il fallait y aller.
Panne de réveil ?
Lundi dernier donc, après avoir récupéré les documents administratifs nécessaires à la Délégation Régionale des Enseignements Secondaires (DRES) du Centre, je programmai donc mon voyage pour le lendemain mardi, non sans avoir prévenu mon oncle de mon arrivée.
Le lendemain, c’est à 7 heures 30 que ma sœurette me réveille, étonnée que je sois encore endormi ! Rapidement, je me lève, je fais un brin de toilette et je m’habille. Quinze minutes plus tard, je suis prêt à y aller. Mais voilà mon frère qui me conseille de voyager le lendemain. « Tu risques de prendre le deuxième bus si tu y vas à cette heure ; tu vas arriver à Ntui trop tard, et tu seras obligé d’y passer la nuit. »
C’était vrai. Lentement, je repris ma place au lit, et le sommeil m’emporta en quelques minutes. « Demain, je me lèverai plus tôt », me dis-je avant de m’assoupir.
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