N’allez surtout pas à Nguila avec du Champagne ! (Deuxième partie)

Mercredi. Dès 6 heures, je suis débout, réveillé par ma sœur qui s’est pourtant couchée vers 3 heures du matin. Après le voyage manqué de la veille, elle ne veut me laisser aucune chance de rester à Yaoundé aujourd’hui encore. De mauvaise grâce, je me lève. Après une douche froide qui me remet les idées en place, j’empoigne mon sac de voyage, je vérifie que j’ai des sous sur moi, et me voilà en route pour la gare routière.

Un visage familier

Arrivé à la gare, je tombe sur une dame que j’ai rencontrée à Maroua. Je me détends un peu. Le voyage ne sera pas aussi triste que je l’avais imaginé. En attendant que le car fasse le plein de passagers, nous bavardons. Elle n’apprend qu’elle travaille à Ntui. J’en profite pour la questionner sur le coin : l’état de la route, le prix des maisons, la disponibilité d’internet… Acculée de questions, elle me répond cependant de façon évasive : « La route n’est pas plus mauvaise qu’ailleurs » fait-elle. « En tout cas, tu découvriras par toi-même. »

En voyant mon téléphone, elle me donne un conseil bizarre : « Si tu as un smartphone, penses à acheter le genre de téléphone dont la batterie dure une semaine-là. Parce que ton smartpohne ne te servira à rien à Nguila. » Euye ! Ma part est venue hein.

Le chemin de croix

Vers 8h10, notre car quitte enfin la gare. « On va contourner par Sa’a », me dit encore mon guide improvisé. « Le bac est en panne depuis près de quatre mois. Et en plus, c’est la saison haute,  le préfet a interdit la traversée de la Sanaga par bac » Merci, m’sieur le préfet.

Durant le trajet Yaoundé-Sa’a, je m’assoupis, histoire de récupérer mon sommeil. Tout se passe bien, jusqu’à ce qu’on arrive l’école publique à Sa’a. Cette école est comme une limite naturelle entre la route bitumée et la route « semi-bitumée ». Dès cet instant, c’est l’enfer dans la voiture. Nous sommes secoués comme la tempête secoue des cocotiers. Par moments, notre voiture tangue tellement que j’ai l’impression qu’elle va se retourner.

En réalité, la route, jadis bitumée, avait encore des îlots de bitume éparpillés ça et là, rendant difficile la progression. D’ailleurs, depuis que nous avons dépassé l’école publique de Sa’a, la voiture va à pas d’escargot.

Sans savoir pourquoi, je me dis qu’il serait difficile d’emprunter cette route avec une bouteille de champagne. Oui, car elle serait tellement secouée que le bouchon sauterait tout seul !

Quelques kilomètres plus tard, on reprend un peu de vitesse, les morceaux de bitumes ayant presque disparu. Dans mon coin, je recommence à somnoler. Sérieux, je me serais cru enceinte si je n’étais pas un homme !

Pause matango

Arrivé à un niveau, la voiture s’arrête. Sortant de ma somnolence, je me dis qu’on est déjà à Ntui. Eh bien non. Je me rends compte avec stupeur que le chauffeur s’est offert une pause matango ! Tandis que nous sommes parqués comme des sardines dans la voiture, le bon monsieur est sous un hangar en train de vider un verre de vin de palme (ou de raphia).

Dans la voiture, certains s’indignent tout bas, d’autres sont du coté du chauffeur. « Il a besoin d’un remontant » argumentent-ils. Moi, je suis pressé d’arriver.

Ntui, nous voici…

On repart. La route, désormais non bitumée, est plus ou moins inégale.  À un niveau, mon cœur fait un bond dans ma poitrine : je viens d’apercevoir de l’eau ! Mais… mais… N’est-ce pas le préfet a interdit le bac ? Fausse alerte, c’est juste un pont sur la Sanaga (le Pont de l’Enfance).

La ville de Ntui. On venait à pein d'arriver dans la ville
La ville de Ntui. On venait à peine d’arriver dans la ville

Bientôt, on aperçoit une plaque Express Union sur laquelle je parviens à lire « Guichet de Ntui ». Une quinzaine de minutes plus tard on arrive enfin à une station service à droite de laquelle se trouve la gare routière. On est enfin arrivés. Je regarde ma montre (une application Android en réalité, je n’ai pas de montre). Il est 11h30 déjà, et on est mercredi. Les cours s’achèvent à 12h30, j’espère rencontrer le proviseur. Je ne veux surtout pas dormir à Ntui.

Rapidement, j’appelle mon oncle qui arrive presque immédiatement et me conduit à la gare de Nguila.

3 commentaires sur “N’allez surtout pas à Nguila avec du Champagne ! (Deuxième partie)

    1. Je sais moi que quoi? On disait dans la voiture qu’il fait toujours ça quand il voyage.

      J’ai détesté mon téléphone parce que chaque fois que je voulais filmer ça affichait « Failed to initialise camera ». Sinon j’aurais eu plein de photos.

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