Comment faire de la politique sans se mettre en « danger »

Au Cameroun, la politique est un domaine qui n’attire pas (plus ?) les foules, et ce pour diverses raisons. Certains trouvent que le jeu politique est un jeu de dupes où chacun ne roule que pour son ventre, sacrifiant de facto l’intérêt commun, tandis que pour d’autres, faire  de la politique c’est s’attirer des ennuis avec le pouvoir en place. Pourtant, faire de la politique devrait être un réflexe pour tout citoyen qui désire contribuer au développement du pays. En fait, qu’on le veuille ou non, on fait tous la politique, juste que certains la font de façon active tandis que d’autres la subissent passivement. Pour la plupart des Camerounais, la politique est une activité dangereuse dont il faut s’éloigner le plus possible. Il existe cependant plusieurs façons de faire de la politique, plus ou moins activement, sans chercher d’ennuis et sans prendre aucun risque.

Voici quelques suggestions pour y parvenir :

S’informer

Il fut une époque où j’estimais que c’était aux politiciens de venir vers moi pour me parler de leurs programmes, ambitions et réalisations politiques. J’avais tort.

L’information c’est le pouvoir. Et quand on n’est pas informé on est impuissant car on ne peut pas vraiment réagir de façon objective et judicieuse à certaines situations – par exemple au moment de choisir le prochain président de la république. La plupart des compatriotes pensent que le seul programme politique de l’opposition camerounaise c’est « Biya must go » (Biya doit partir). C’est faux.

Je ne dis pas que ces formations ont des programmes plus intéressants ou mieux élaborés que celui du parti au pouvoir (chacun se fera son avis), mais le fait est qu’ils ont des programmes et que ces programmes-là sont pour la plupart accessibles en ligne.

Le premier pas en politique comme dans presque tous les domaines, c’est l’information.

Et ça ne se limite pas seulement aux informations relatives aux leaders de l’opposition – on ne fait pas la politique seulement en période électorale. S’informer sur les actions gouvernementales en cours, recueillir des informations sur les projets initiés dans la commune où on vit, chercher les noms des députés, des conseillers municipaux, les maires etc., c’est déjà faire de la politique !

Savoir quel est le taux d’endettement du pays, le taux de chômage et de sous-emploi, c’est également faire de la politique. L’information est d’ailleurs ce qui manque le plus aux Camerounais qui, pour certains, se contentent de vivre leur vie sans se soucier du reste, comme s’ils étaient des étrangers dans leur propre pays.

Informer

Parler de politique fait peur quand on ne sait pas qui on a en face de soi. Ça peut bien être un indic qui nous fera mettre dans la liste des personnes à surveiller si on parle mal du régime ou du président. Soit…

Mais, on peut bien parler de politique sans mentionner le nom du chef de l’État, ou bien de ses ministres.

Personne ne vous emprisonnera si vous informez votre entourage sur les articles du Code Pénal. Personne ne portera plainte contre vous si vous parlez de la répartition du budget 2018. C’est une information qui est disponible un peu partout, notamment sur les sites gouvernementaux, et en parler autour de vous n’est pas un crime. Idem pour le taux d’endettement du Cameroun, pour les dates des prochaines échéances électorales ou pour le rôle de l’assemblée nationale.

Faire de la politique c’est se sentir concerné par la vie de la cité, c’est se positionner comme citoyen parmi d’autres citoyens. On peut participer à la vie politique du pays en relayant ou en commentant l’information à caractère politique. Bien sûr, le préalable pour pouvoir informer, c’est d’être soi-même bien informé.

Demander des comptes

C’est le droit de chaque citoyen de demander des comptes à ceux qui ont la charge de gérer les affaires du pays, de la région, de la commune.

Il y a un aspect qui semble échapper à certains compatriotes : le Cameroun n’est pas la propriété de certaines personnes, encore moins les caisses publiques ou bien les ressources et richesses naturelles du pays. Il est du devoir de chacun d’entre nous de savoir comment tout cela est géré. Et c’est impossible de le faire si on n’est pas informé au préalable.

Plusieurs projets ont été lancé récemment au Cameroun, à quel niveau d’exécution sont-ils aujourd’hui ? Quel est leur impact réel, quelles sont les retombées sur les populations cibles ? C’est l’évaluation de ces projets et la reddition des comptes qui permettent l’avancée réelle des choses dans un pays.

On a vu plusieurs projets lancés, mais jamais terminés ou alors terminés mais sans l’impact escompté, le tout sous l’indifférence totale des populations qui vaquent paisiblement à leurs occupations (quand elles en ont).

La politique c’est la gestion de la cité, et les populations sont (censées être) les bénéficiaires de cette gestion. C’est pour cela qu’il est de leur devoir de s’assurer que la gestion soit faite de façon à améliorer leur quotidien et leurs conditions de vie.

Voter

Le vote est, selon moi, le moyen ultime d’expression politique. Il permet au citoyen d’approuver ou de sanctionner. Il permet de répondre à ceux à qui le citoyen a accordé sa confiance, en leur renouvelant ou en leur retirant cette confiance.

Les Camerounais s’inscrivent de moins en moins sur les listes électorales et participent encore moins aux scrutins. Les chiffres le démontrent. Lors du dernier scrutin présidentiel qui s’est tenu il y a sept ans (soit en 2011), le nombre d’inscrits tournait autour de 7,1 millions. Sept ans plus tard, ce chiffre est loin d’être atteint. Les chiffres au 31 août 2017 (date de clôture des inscriptions pour l’année 2017), annonçaient environ 6,5 millions d’inscrits. Quand on sait que la moyenne d’inscriptions annuelles est de 400.000 (déjà 169.015 inscrits entre le 2 janvier et le 23 mars) et que, après la période des inscriptions on procèdera au toilettage des listes, il y a fort à parier qu’on se retrouvera loin en dessous de 7 millions d’inscrits.

Les raisons de la nonchalance à s’inscrire sur les listes électorales et la réticence à voter sont multiples et variées, mais il n’en demeure pas moins vrai que ne pas s’inscrire sur les listes et/ou ne pas voter n’aide pas. Voter c’est faire la politique, et personne n’a jamais été inquiété pour avoir participé à un vote. En plus, il existe le vote blanc pour ceux qui n’ont aucune préférence. Le vote blanc reste et demeure une façon valable et valide de se faire entendre.

Rappelons que pour voter utile, il faut évidemment être informé sur les activités et le projet de société des différents candidats au scrutin, ainsi que sur leur parcours, car l’information est primordiale à toutes les étapes.

La politique omniprésente

La politique est présente dans les activités quotidiennes des citoyens, et prétendre ne pas s’en mêler c’est simplement se tromper. Faire de la politique c’est tout simplement participer à la gestion de la chose publique. Et il n’existe aucun moyen d’y échapper. Le simple fait de payer ses impôts, d’acheter des timbres, de se faire établir une carte d’identité, etc. est déjà une façon de participer à la gestion du pays en pourvoyant les fonds nécessaires à la réalisation de différents projets. Alors, pourquoi faire les choses à moitié ?

5 commentaires sur “Comment faire de la politique sans se mettre en « danger »

  1. Si tu ne vas pas à la politique, la politique viendra à toi et ses décisions ne seront pas toujours pour te plaire. Autant acter comme un citoyen.

  2. « le fait est qu’ils ont des programmes et que ces programmes-là sont pour la plupart accessibles en ligne. » Pour moi, c’est déjà un signe qui prouvent qu’ils ont peut-être la volonté de faire bouger les choses, car ils pensent que c’est important de partager leurs programmes en ligne pour que tout le monde puisse réagir.

    1. Exact. Peu de camerounais cherchent réellement à savoir ce que l’opposition propose avant de la critiquer. On préfère s’en tenir à ce que la majorité pense. Le plus drôle c’est que personne n’a jamais vu le programme du parti au pouvoir non plus.

  3. Bien dit! Ce que les citoyens Camerounais, NON disons plutôt, la population Camerounaise ignore c’est qu’elle est en parti auteur de ce qui leur arrive. Du simple fait qu’elles ne veulent pas assumer leurs responsabilités mais veulent que le gouvernement le fasse. Tant que cette population restera muette, comment le gouvernement saura-t-il que les choses ne vont pas bien. Avant de chercher ce que le pays a fait pour toi, cherche d’abord a savoir ce que t’as fait pour ton pays. Et ce que tu as à faire n’est pas grand chose, alors prend les choses en mains et change ton pays.

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