Bus accidenté sur l'autoroute Douala - Yaoundé

Voici les sorciers qui causent les accidents de la route en fin d’année au Cameroun

Décembre, tout Camerounais vous le dira, est une période où les risques d’accidents de la route sont les plus élevés. Pourtant c’est une période où les déplacements sont réduits au maximum, quand les gens se décident à prendre la route, c’est généralement qu’ils n’ont pas d’autres alternatives. Certaines personnes disent qu’en fin d’année, des sorciers (et apprenti-sorciers) procèdent à des sacrifices humains et se servent de nos routes comme autels. C’est ce qui expliquerait le nombre croissant d’accidents mortels sur les routes camerounaises au fur et à mesure qu’on avance vers la fin du mois de décembre.

Je suis de ceux qui, pendant les fêtes, évitent même de sortir de la maison. Ce n’est pas parce que j’ai peur d’être sacrifié, mais parce que j’ai horreur de l’affluence, de la foule qui envahit les rues, les boutiques, les marchés, les bars, les gares routières pendant ces périodes de réjouissance populaire.

Le 23 décembre dernier, je me suis retrouvé obligé de faire un tour à Yaoundé. J’y suis allé de mauvaise grâce, en traînant des pieds et en maugréant. Je savais que ce ne serait pas facile d’y aller et de revenir chez moi à Mbalmayo, surtout que les élèves avaient pris leurs congés la veille, vendredi, et beaucoup d’entre eux allaient voyager afin de rejoindre leurs familles pour les fêtes.

Mes craintes n’étaient pas exagérées, malgré l’heure matinale, les agences de voyage étaient déjà bondées de monde. Le pire c’est qu’il n’y avait aucun bus en vue. J’ai dû faire une autre chose que je déteste : prendre les racoleurs, ces usagers qui se servent de leurs voitures personnelles pour transporter les voyageurs trop pressés pour attendre que les voitures des agences de voyage fassent le plein de passagers.

Je suis arrivé à Yaoundé sans trop de peine. Au retour, cependant, j’ai eu toutes les difficultés du monde à arriver chez moi. Je pense que c’est l’un des pires voyages que j’ai eu à faire de toute ma vie – et pourtant j’en ai vu des vertes et des pas mûres.

Arrivé à l’agence de voyage vers 19 heures, je ne parviens à quitter que le lendemain vers 2 heure 20 du matin. À quelque chose malheur étant bon, les nombreuses heures que j’ai passées à poireauter à la gare routière m’ont permis de comprendre qui sont les sorciers qui nous causent les accidents sur les routes chaque fois que la fin d’année se pointe.

En période d’affluence, les agences de voyage qui desservent les différentes villes du Cameroun sont extrêmement sollicitées. Les agences qui font le trajet Yaoundé – Mbalmayo par exemple commencent généralement leurs activités à 5 heures et demie et arrêtent autour de 20 heures. Mais, en temps de fêtes, ils commencent vers 3 heures et fonctionnent tant qu’il y a des clients. Or, ils utilisent les mêmes véhicules qu’en période normale et ne renforcent pas leur équipe de chauffeurs.

Quand les mêmes chauffeurs vont et viennent un nombre incalculable de fois sur ce trajet et en un laps de temps relativement court, la fatigue s’installe et les réflexes diminuent. Samedi dernier, il y a eu un moment où aucune voiture n’arrivait de Mbalmayo. Les chauffeurs, fatigués, avaient, semble-t-il, décidé de rester dormir au lieu de revenir prendre les passagers qui s’impatientaient. C’est quand des gens ont commencé à manifester leur mécontentement, demandant à être remboursés, que les chauffeurs se sont pointés à nouveau.

À 2 heures 20, quand le bus que j’ai emprunté quittait, le chef d’agence envoyait réveiller un chauffeur pour qu’il vienne conduire un autre bus qui venait de se remplir. À 3 heures 05 quand nous sommes arrivés à Mbalmayo, des passagers étaient déjà en train de payer leurs tickets pour les premiers départs pour Yaoundé.

Ceux qui sont la cause principale de l’augmentation du nombre d’accidents qui arrivent sur nos routes, ce sont ces chefs d’agences qui, à l’approche des fêtes et autres périodes de grande affluence, ne prennent aucune mesure pour que leurs chauffeurs et même leurs véhicules (qui ne sont pas flambant neufs) se reposent un peu. Faire travailler les chauffeurs 24h/24 pendant quelques jours n’est certainement pas le moyen le plus efficace pour réduire les accidents sur les routes en cette période de fin d’année, surtout quand on connait le mauvais état de nos routes.

Les sorciers cités plus haut ont pour assistants les chauffeurs eux-mêmes, qui font passer leur sécurité, celle des passagers, et même la réputation de l’agence de voyage qui les emploie au second plan. Même s’ils sont dans une position délicate du fait que ce sont des employés et qu’il s’agit de leur gagne-pain, il n’en demeure pas moins qu’ils sont responsables de quelque accident qu’ils viendraient à causer – sans parler des éventuelles pertes en vies humaines.

On ne peut pas terminer sans évoquer le laxisme des hommes en tenue qui, pendant ces périodes, ne sont en route que pour « travailler l’argent », c’est-à-dire se faire des sous sur le dos des nombreux usagers en surcharge ou coupables d’autres infractions.

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Crédit photo d’illustration: cameroun24.net

11 commentaires sur “Voici les sorciers qui causent les accidents de la route en fin d’année au Cameroun

  1. J’aime beaucoup patce qu’il y a un gros vécu derrière. On est d’accord sur les responsabilités que tu Et tu as raison certes mais tu oublies de citer ces passagers trop pressés et exigeants comme acteurs de cette sorcellerie sur la route. Sinin, good! J’espère un prochain article sur les alternatives pour y remédier…

    1. Pour les suggestions, j’ai parlé de renforcer l’équipe de chauffeurs pendant les fêtes et les périodes de grande affluence. J’aurais aussi pu parler du contrôle effectif et rigoureux des véhicules personnels qui racolent pendant cette période, mais je sais que les policiers sur les routes ne l’entendront pas de cette oreille. Enfin, il y l’état des routes à améliorer. Well, tout ça c’est très improbable. Merci pour le commentaire

  2. J’ajouterai que l’autre catégorie de sorciers ce sont les passagers eux-mêmes qui acceptent d’être mis en surcharge et forcent même parfois l’entrée dans le véhicule quand on leur dit que c’est déjà plein. Ils cherchent des moyens détournés d’obtenir des tickets ou une place, même inconfortable dans les bus. La responsabilité leur incombe également je pense !
    Beau papier Petit écolier ^_^

    1. Oui, clairement. Une fois je repartais à Mbalmayo vers minuit, et comme aucune agence n’était ouverte, j’ai du prendre les racoleurs. Le type, d’après ce qu’il disait, travaillait depuis le matin, mais le plus inquiétant, c’était son haleine. On sentait qu’il buvait la bière au moins depuis la veille… Tout ça pour dire que au moins dans les agences il y a un semblant de contrôle, et je doute qu’un chauffeur puisse surcharger ou encore conduire en étant pinté. Quand dont on allie alcool au volant et surcharge, on imagine le résultat en cas d’accident. Et là, la faute, en effet, revient en partie aux passager qui n’exigent pas de voyager dans de meilleurs conditions.

      PS: Merci pour commentaire

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