Drapeau du Cameroun fédéral - Crédit photo: drapeau-monde.com

Ce n’est pas le fédéralisme qui (me) pose problème

Depuis le début de la crise anglophone au Cameroun, on entend de plus en plus des voix s’élever pour dire que les francophones ont peur du fédéralisme. Raison pour laquelle ils se désolidarisent des revendications des activistes anglophones. Je suis incapable de dire si c’est le cas ou pas, mais sur la question, je peux tout au moins donner mon avis personnel qui n’entre pas en droite ligne de ce qui est dit. En ce qui me concerne, le fédéralisme n’est pas du tout un problème (bien que ce ne soit pas non plus une solution miracle). Mon problème est ailleurs…

La démarche

Au départ du problème anglophone, j’ai applaudi. Surtout quand les syndicats des enseignants ont annoncé la grève illimitée pour réclamer l’amélioration les conditions de travail et la qualité de l’éducation dans le sous-système anglophone. Notre système éducatif est très mauvais, et j’ai déjà eu l’occasion de le dire sur cette plateforme. J’ai d’ailleurs été d’accord avec le fait qu’ils exigent la libération de tous les jeunes arrêtés avant de reprendre les négociations, défendant bec et ongles le fait que si le gouvernement voulait condamner ces jeunes pour les casses, il faudrait aussi condamner les policiers qui ont molesté et humilié les étudiants des universités de Buea et de Bamenda (ce qui n’a jamais été fait jusqu’aujourd’hui).

Cependant, à l’instant où les syndicats ont exigé un référendum sur le fédéralisme comme condition de reprise des cours, j’ai cessé de les suivre. Pas parce, que réclamer le fédéralisme me pose un quelconque problème, mais simplement parce que c’était un passage du coq à l’âne maladroit et flagrant. Car, jusqu’à preuve du contraire, un syndicat d’enseignants n’a pas à s’occuper de questions politiques. Du moins, un syndicat n’est pas habilité à avoir des exigences qui sortent de son cadre de compétences. Et c’est exactement ce que les syndicalistes venaient de faire. Or ce n’était pas à eux, en tant que syndicat, de poser cette condition. La démarche me posait donc un gros problème.

Les participants au référendum

Quand la question du fédéralisme a été posée par les syndicats, je me suis demandé, s’il y avait référendum, qui seraient ceux qui allaient décider de la nouvelle forme de l’État. Il faut dire que sur ce point les avis divergeaient, mais toujours est-il que dans la logique des groupes qui exigeaient ce référendum, seuls les anglophones devaient participer audit référendum (parce que, disent-ils, en 1961, seuls les anglophones avaient participé au référendum à la suite duquel ils ont rejoint le Cameroun francophone).

Carte de la république fédérale du Cameroun - Crédit photo: lecameroun.net
Carte de la république fédérale du Cameroun – Crédit photo: lecameroun.net

Je dois avouer qu’il m’a été difficile de m’aligner sur cette vision de la chose. Je pense qu’un référendum qui va modifier la forme d’un État ne peut dépendre d’une seule partie de la population. S’il faut parler de fédéralisme, tous les Camerounais devraient avoir leur mot à dire, puisque tous en seraient affectés. Cependant, la démarche et le tapage médiatique autour de la crise a fini par diaboliser le fédéralisme dans l’esprit de plusieurs Camerounais, de telle sorte qu’il y a de fortes chances pour que, si tout le monde participe à ce référendum, la réponse soit négative.

Le type de fédéralisme

L’autre chose qui m’a mis en désaccord avec les revendications des activistes anglophones, c’est le fait qu’ils essaient d’imposer le fédéralisme à deux états aux Camerounais. Pourquoi un fédéralisme à deux États, alors que chacune des 10 régions du Cameroun à ses spécificités culturelles ? Je comprends que leurs réclamations partaient sur la base de la langue héritée de la colonisation, c’est-à-dire le français et l’anglais, mais ce n’est pas forcément la meilleure forme de fédéralisme pour notre pays.

L’idéal aurait été, selon moi, de mettre la question du fédéralisme sur la table pour qu’elle soit discutée en vue de décider de la forme de fédéralisme qui serait le plus bénéfique pour tous les Camerounais. Dans plusieurs de leurs interventions sur les réseaux sociaux, des francophones ont dit être d’accord pour le fédéralisme, mais pas à deux États. Certains ont parlé de 10 états, d’autres de 8 ou de 6 états, mais toujours est-il que l’idée de fédéralisme n’était pas rejetée systématiquement, au contraire. Le problème, c’était le nombre d’états. Pour dire vrai, beaucoup de personnes considèrent le fédéralisme à deux états soit comme un retour en arrière, soit comme un pas vers la sécession.

Éduquer les Camerounais avant tout

Pour ma part, les choses auraient été différentes si, au lieu d’user de subterfuges pour arriver à la question du fédéralisme, les activistes et leaders des différents mouvements anglophones s’étaient rapprochés des partis politiques (plus compétents pour traiter de questions politiques) pour que cette question soit mise sur la table, et peut-être intégrée aux programmes politiques des uns et des autres. Ensuite, il aurait été judicieux d’éduquer les populations sur ce qu’est le fédéralisme, sur ses avantages et ses inconvénients pour que, en cas de référendum, les gens sachent exactement dans quoi ils s’engagent.

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Crédit photo d’illustration: drapeau-monde.com

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