À quoi sert l’école ?

Si on considère qu’une journée de cours dure environ 8 heures de temps, on se rend compte que, pendant un bon nombre d’années, nous passons le plus clair de notre temps à l’école. Quand en plus on rajoute les heures passées à réviser et à faire les devoir à la maison, on conclut que l’école prend une place considérable dans nos vies. Mais à la fin, un tel investissement (en temps et en argent), pour quel résultat ? Longtemps après les indépendances, je pense qu’il est plus que temps de s’interroger sur l’utilité de l’éducation que nous avons reçue et qu’on donne à nos enfants dans les écoles.

Il suffit de se balader dans les rues et marchés des cités camerounaises, et de bavarder un peu avec les jeunes pour constater que la plupart de ceux qui sont sans emploi ou qui exercent les professions des grandes ambitions (call-box, moto-taxi, etc) sont détenteurs de diplômes universitaires. Alors, comment se fait-il que, après plusieurs années à user ses fonds de culotte sur les bancs, on se retrouve à exercer un emploi qui n’a aucun lien avec les connaissances emmagasinées pendant plusieurs années ?

La réponse est simple : l’école, telle qu’elle est pratiquée actuellement dans nombre de pays africains, est totalement inutile – du moins pour la grande majorité de jeunes. C’est vrai, on y apprend beaucoup de choses intéressantes, on s’instruit, on se cultive. Mais toutes ces connaissances – durement acquises et parfois très cher payées –, à quoi servent-elles au final ? Je pense que c’est la question à se poser quand on voit un jeune bachelier qui est obligé de devenir vendeur à la sauvette, faute de mieux.

Moto-taximen - Crédit photo: hervevillard.over-blog.com
Moto-taximen. Certains ont des licences, maitrises – Crédit photo: hervevillard.over-blog.com

En observant les contenus des enseignements dispensés aux élèves des écoles au Cameroun, on se rend compte qu’il n’y a en réalité aucune adéquation entre les cours et le contexte dans lequel ces derniers évoluent. Que ce soit en histoire, en géographie, en éducation à la citoyenneté, il y a peu de contenus qui concernent l’environnement immédiat des apprenants. D’ailleurs une étude menée il y a quelques années a révélé qu’en histoire, au secondaire, sur 164 chapitres prévus, seuls 31 étaient basés sur le Cameroun. En outre, les connaissances que les apprenants accumulent au fil des années ne leur permettent clairement pas de se positionner sur le marché de l’emploi, à moins de faire de longues et coûteuses études – ce qui n’est pas à la portée du camerounais lambda.

Ce qu’il faudrait faire, pour redonner son utilité à l’école, ce serait de la contextualiser. Et pour cela, il sera nécessaire non seulement de revoir les programmes, mais aussi et surtout de les épurer en en écartant définitivement les matières qui n’ont aucune utilité pour un jeune Camerounais. Je pense qu’il y a de quoi se révolter en constatant qu’on enseigne les systèmes gouvernementaux des pays occidentaux et asiatiques aux jeunes, alors qu’aucun d’entre eux n’a jamais su ce qui est écrit dans la constitution de son propre pays. Pareil quand on leur impose des langues dites vivantes, au détriment de leurs propres langues.

Contextualiser et rendre utile l’école, c’est permettre aux apprenant d’utiliser les connaissances acquises pour exercer un métier et se prendre en charge. Si ce n’est pas fait, l’école restera quelque chose d’agréable mais inutile au Cameroun.

Crédit photo de couverture: http://observers.france24.com/fr/

9 commentaires sur “À quoi sert l’école ?

  1. Ce constat et cette problématique est loin de se limiter au Cameroun et même à l’Afrique. C’est une problématique mondiale, qui se lie aussi au sens de l’évolution de la société. Avant, on n’allait à l’école aussi pour créer une culture générale, se cultiver. Aujourd’hui, dans le monde capitaliste, l’argent donc le boulot sont les seules mesures de l’efficacité d’un système éducatif et tout mène à cela. Personnellement, je pense qu’il faudra trouver le juste milieu au risque de créer des machines à travailler dès le collège. De plus, je pense que ce qui manque cruellement ce n’est pas juste le contenu mais un apprentissage ouvert sur soi-même qui permet aux élèves de remettre en question et de définir leurs aspirations dans la vie, leur projet de vie. C’est ce projet de vie qui pourra aussi les orienter à acquérir les bonnes connaissances, et à s’adapter au monde de l’emploi. Profonde réflexion donc que celle da la refonte de l’éducation dans le MONDE.

  2. …et c’est comme ça partout chez nous.

    Tu mets le doigt sur quelque chose de très central dans « le mal africain ». Tant que nous ne répareront cette machine qui fonctionne à l’envers, on n’est pas sortis de l’auberge.

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