N’allez surtout pas à Nguila avec du Champagne ! (Troisième partie)

Je viens d’arriver à Ntui, épuisé, secoué par un voyage interminable. Mieux on prenait même le bac hein. Actuellement, je dois me dépêcher d’aller à Nguila, car on est mercredi, et les cours s’arrêtent à 12h30 ! Mon oncle, qui m’a rejoint il y a quelques minutes, me conduit à la gare de Nguila (qui est en réalité juste en face de la gare de Yaoundé !).

« Tu vas à Nguila ? C’est 3.000 francs »

Malchanceux comme je suis, j’arrive à la gare juste au moment où une voiture est entrain de partir pour Nguila. La prochaine voiture est là, désespérément vide. Et il est presque midi ! Mon oncle me propose d’y aller à moto. Au point où j’en suis, même à cheval je serais prêt à y aller…

La ville de Ntui
La ville de Ntui, chef-lieu du département du Mbam et Kim

On ressort de la gare. Dehors, il y a des motos garées. Certains refusent carrément d’aller à Nguila. L’un d’eux est d’accord. Mais il me dit : « Pour que je t’emmène à Nguila, il faut que tu payes 3.000. » J’hallucine ! J’ai payé 2.000 de Yaoundé à Ntui. En passant par Sa’a, ça fait environ 120 km. Et celui-ci veut me prendre 3.000 pour parcourir 35 km ? Bref, on ne s’entend pas.

Je commence à désespérer, lorsque je me souviens que mon amie de Maroua avec qui j’ai voyagé en venant m’avait proposé de me rendre à la Délégation Départementale des Enseignements Secondaires (DDES) du Mbam et Kim. Mon oncle accepte de m’y conduire. Là-bas, on prendra le contact téléphonique du proviseur et on pourra l’appeler pour savoir s’il est ou non au lycée.

Pas d’intérimaire !

Nous voici à la DDES. Nous sommes accueillis par deux messieurs sympas et volubiles. À chacune de nos questions, ils répondent et enchaînent avec des anecdotes. Les pères-ci doivent vraiment s’ennuyer dans le bureau-ci, hein. De notre conversation, je retiens que le lycée bilingue de Nguila n’aurait pas de proviseur actuellement ! Après la récente promotion l’ancien proviseur, le ministère n’aurait nommé aucun remplaçant. Même pas un intérimaire !

L’affectation est annulée

Je pose une autre question aux deux messieurs. « Est-il vrai qu’en cas de double affectation, la plus récente annule la plus ancienne ? » Ils ne semblent pas me comprendre, donc je m’explique : « Le 28 août dernier, j’ai été muté. Et dans la même note, mon nom apparaissait deux fois, mais dans deux régions différentes : le Centre et le Sud. Alors, étant donné que le Centre a déployé depuis le 30 septembre et que le Sud vient juste de déployer (j’en ai été informé à mon arrivée à Ntui), cela signifie-t-il que je dois plutôt aller au sud ? »

La ville de Ntui
La ville de Ntui (à défaut de photos de Nguila…)

Ils me répondent que « Oui », mais que je peux choisir un lieu, qu’il suffit que j’envoie une note à l’une des délégations régionales pour leur signifier que j’ai déjà été muté ailleurs. L’un d’eux renchérit en expliquant que le Mbam et Kim est une Zone d’Éducation Prioritaire (ZEP) et que j’aurai plein d’avantages à y rester – du bluff, quoi. Je l’écoute d’une oreille distraite, me demandant dans quel coin on pouvait encore bien m’avoir jeté, là-bas au Sud.

Réussissant enfin à prendre congé des deux moulins à paroles, mon oncle et moi allons à son bureau pour bavarder un peu, car j’ai décidé de ne plus continuer jusqu’à Nguila. Non seulement il était déjà 14 heures passé, mais en plus il n’y a pas de proviseur là-bas. Et puis, il ne faut pas oublier que je suis censé aller au Sud, et non au Centre.

Retour à Yaoundé

Vers 15h30, je me retrouve à la gare. Peu de temps après on embarque pour Yaoundé. Le chemin retour est plus ennuyeux que l’aller. Mon smartphone éteint (ma pote de Maroua m’avait prévenu) et mes deux voisins qui me reprochent continuellement d’être endormi n’arrangent pas la situation. Pour couronner le tout, celui de gauche a une haleine qui n’encourage vraiment pas le dialogue…

Le tour-ci, même les dos de dromadaire et les nids d’autruche – « âne » et « poule » sont petits pour ce que j’ai vu sur la route-là – ne m’ont pas empêché de dormir…

Je suis arrivé à Yaoundé vers 20h30, fourbu, éreinté, épuisé… mais également, j’étais légèrement déçu de n’avoir pu découvrir le fameux village de Nguila (ce n’est que partie remise), et un peu énervé d’avoir à faire un autre voyage pour Melane, le village du Sud où on m’a également affecté.

P.S. : Tellement de personnes autour de moi m’on demandé le compte-rendu de mon périple à Nguila, que j’ai décidé d’en faire un billet vers lequel je renverrais automatiquement ceux qui voudraient tous les détails. J’étais loin de me douter qu’il m’en faudrait 3 pour en parler (et encore, j’ai dû laisser de côté certains détails !). J’en ferai peut-être autant pour Melane…

5 commentaires sur “N’allez surtout pas à Nguila avec du Champagne ! (Troisième partie)

  1. Goût d’inachevé, même pr rien, fais un tour à nguila pr voir. G m souviens avoir payé 4000 frs pr maroua kousseri (260 km) et 6000 frs pr maroua mada (100 km) dans le désert et j’étais prié d convertir ce kil m restait comme vrai et naira. Bien sur mada est au kamer.

    1. J’y ferai un tour, c’est clair. Mon tonton est la bas, un peu de tourisme ne me fera aucun mal. Et puis, faut que je vérifie si les pauses matango du chauffeur-là sont réellement systématiques (je peux me joindre à lui, on ne sait jamais…)

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