Défilé des enseignants - Crédit photo: stooffyenafrique.blogspot.com

05 octobre, journée mondiale des discours stériles (1)

Quelqu’un m’a dit une fois, « Quand on accorde une journée à un groupe de personnes, ça signifie que ces gens-là ont des problèmes ». J’ai ri. Mais il n’avait pas tort. En y réfléchissant bien, on se rend compte que ce n’est pas faux. Tenez, les femmes ont des problèmes, elles ont le 08 mars – on en parlera très bientôt dans ce blog ; les enfants africains ont des problèmes, ils ont leur journée internationale le 16 juin ; les personnes âgées ont des problèmes, elles ont leur journée internationale le 1er octobre ; étant donné que les enseignant ont une journée à eux consacrée (le 05 octobre), il semble évident qu’eux aussi, on leurs problèmes.

En principe, la journée internationale c’est pour permettre à ces personnes concernées de réfléchir à des solutions pour régler leurs problèmes les plus urgents, d’où le thème qui est choisi pour chaque célébration annuelle. C’est le principe. Mais en réalité, qu’en est-il ? Parlant des enseignants, quelles stratégies mettent-ils en œuvre pour résoudre les problèmes les plus urgents formulés dans les thèmes qui guident la célébration de leur journée mondiale chaque année ? Je me suis donné pour objectif de rédiger une série de papiers sur le sujet, pour introduire la célébration de cette année. Chaque billet fera l’analyse d’une édition de cette fameuse journée telle que célébrée ici au Cameroun. Commençons en 2009, il y a 5 ans.

05 octobre 2009 – « Pour bâtir l’avenir, investissons dans les enseignant(e)s maintenant »

Le thème retenu pour l’année 2009 sonne comme une musique douce à l’oreille. Investir dans les enseignant(e)s… Quel noble objectif ! Quelle initiative louable ! Reste encore à savoir qui doit investir, et qu’est-ce qui doit être investi. Car en réalité, on n’a pas vu grand-chose en termes d’investissement.

Investir dans la confection des salles de classe

Au Cameroun, quelle que soit la ville dans laquelle vous vous trouvez, vous constaterez que les salles de classe des établissements publics sont surchargées. Dans ce contexte, il est difficile, voire impossible de dispenser un cours qui soit à un niveau pédagogique acceptable. Alors, quitte à investir dans l’enseignant, faisons le de façon à faire profiter tout le monde, car en mettant les apprenants dans des conditions de travail appropriées, on permet à l’enseignant de faire son travail avec plus d’application, plus de volonté, plus de professionnalisme, car il est clair qu’avec une classe moins bondée, le travail sera plus aisé et mieux fait.

Investir dans les bibliothèques scolaires

Dans la plupart des établissements secondaires du triangle national, il n’existe pas de bibliothèque scolaire. Et même ceux qui en ont souffrent d’un manque cruel de livres. Même les livres au programme, si on en trouve, sont en nombre insuffisant. Avec ça, les enseignants sont obligés soit d’utiliser un livre à plusieurs, soit d’utiliser les livres des apprenants pour faire leurs préparations. Par conséquent, certains enseignants n’ont pas assez de temps pour préparer leurs cours – n’oublions pas que pour une heure de cours, il faut environ une heure de préparation. D’ailleurs, certains collègues préparent le cours en l’enseignant, parce qu’ils n’ont pas pu avoir les documents pédagogiques à temps… Quelle sera la qualité des cours enseignés dans ces conditions ? Très médiocre, selon moi.

Investir dans les enseignants

Pour avoir des enseignants à même de former des apprenants de bonne qualité, il est indispensable que ceux-ci soient également bien formés autant sur le plan pédagogique que sur le plan méthodologique. De même, les enseignants déjà sur le terrain ont besoin de se recyclés régulièrement, pour s’arrimer aux dernières approches pédagogiques implémentées dans l’enseignement.

Des enseignants en plein défilé - Crédit photo: prodhafe.skyrock.com
Des enseignants en plein défilé – Crédit photo: prodhafe.skyrock.com

Après avoir hésité quelques secondes à inclure ce point, je pense qu’il est également important de le relever : les enseignants du secondaire estiment ne pas être payés à la hauteur du travail qu’ils abattent. À cet effet, plusieurs mouvements ont été engagés il y a de cela quelques années, notamment les grèves (qui n’ont pas toujours été respectées par tout le monde). Le gouvernement à toujours prêté une oreille distraite à ces réclamations que les syndicats d’enseignants jugent légitimes et fondées. S’il faut « investir dans les enseignant(e)s maintenant », voilà un aspect où de l’argent pourrait être investi. Et ce ne serait pas investir perte que d’investir dans les salaires des enseignants, car de nos jours, plusieurs enseignants du public délaissent leurs classes pour aller donner des cours de vacation dans les établissements privés. Une augmentation de salaires (pas les 5% du salaire de base qu’on a donnés la dernière fois là, hein) serait un début de piste pour endiguer ce phénomène qui, de plus en plus, a pignon-sur-rue ici.

Qui doit investir ?

Question très importante, selon moi. Qui doit investir ? Sans être un expert en fonctionnement des institutions étatiques, je dirai que le ministère des enseignements devrait, si ce n’est déjà fait, allouer un part de son budget dans certains des points cités supra. Et si c’est déjà fait, ils devraient s’assurer que cet argent est judicieusement utilisé. Une légende raconte ici qu’à Douala, il existe un établissement secondaire qui n’a pour seule matérialisation que sa pancarte posée en bordure de route. L’ironie c’est que chaque année, proviseurs, censeurs, surveillants généraux et enseignants y sont affectés.

Les établissements scolaires, à leur tour, devraient emboiter le pas au ministère qui, seul, ne peut pas construire toutes les classes et alimenter les bibliothèques. Avec l’aide l’APEE (Association des Parents d’Élèves et Enseignants), des mesures pourraient être prises pour, par exemple, doter l’établissement d’une bibliothèque, ou tout au moins approvisionner celle-ci en manuels et en ouvrages de référence. Après avoir traité ces deux points en priorité, le troisième aspect pourrait donc être examiné par le ministère ayant autorité en la matière.

Le ministère de l’enseignement supérieur, les écoles normales et les délégations régionales des enseignements secondaires devraient travailler main dans la main pour que les méthodes enseignées aux élèves-professeurs soient les plus adaptées au contexte éducatif camerounais. Ainsi, les inspecteurs pourront s’assurer qu’il n’y a pas décalage entre ce qui est enseigné dans les écoles normales et ce qui est implémenté sur le terrain.

Enfin, les enseignants doivent investir, en temps, pour exploiter à fond les outils pédagogiques mis à leur disposition pour donner aux élèves le meilleur enseignement qui soit, et contribuer ainsi à bâtir l’avenir – au lieu de défiler et faire la fête comme c’est le cas depuis la nuit des temps chez nous.

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