Ceux qui planifient l’insurrection au Cameroun…

Article : Ceux qui planifient l’insurrection au Cameroun…
29 janvier 2019

Ceux qui planifient l’insurrection au Cameroun…

Le 26 janvier dernier plusieurs marches, organisées par le Mouvement de la Renaissance du Cameroun (MRC) et ses sympathisants, ont eu lieu dans plusieurs villes du Cameroun. Le but de ces manifestations, c’était de dénoncer le hold-up électoral qui a eu lieu pendant la récente élection présidentielle, mais aussi de demander des comptes au sujet du retrait de l’organisation de la CAN au Cameroun malgré plus de 1.000 milliards alloués à l’organisation de ladite compétition. Enfin, la marche avait pour but d’exiger l’arrêt des tueries dans les régions anglophones du pays et la résolution pacifique du conflit.

Comme il fallait s’y attendre, les marches ont été violemment réprimées, avec en bonus plusieurs personnes atteintes par des tirs à balles réelles (malgré ce que soutiennent nos ministres qui n’ont plus, à vrai dire, aucune crédibilité). Dans une conférence de presse organisée suite aux événements relatés plus haut, le ministre de l’Administration Territoriale (MINAT) Paul Atanga Nji a accusé le MRC de planifier l’insurrection au Cameroun.

Une petite observation de la façon dont le Cameroun évolue depuis plusieurs années laisse cependant croire qu’en réalité, ce n’est pas le MRC qui planifie l’insurrection au Cameroun, mais plutôt le régime en place.

Si on s’en tient seulement aux événements de samedi dernier, on constate aisément que l’usage de la force par les forces de l’ordre était disproportionné. Une vidéo prise à Douala montre des manifestant calmes, s’asseyant volontairement à même le sol pour éviter que leurs gestes soient considérés comme de la provocation. Mais, bien qu’étant assis, non armés et donc inoffensifs, on a quand même vu les forces de l’ordre les asperger d’eau avant de balancer quelques grenades lacrymogènes au milieu de la foule, les forçant à se disperser.

Des manifestants assis et bras levés, se font quand même gazer au lacrymogène après avoir été aspergés d’eau – Photo : un utilisateur de Facebook

Une autre vidéo, toujours à Douala, montre un homme – visiblement un manifestant – en train de marcher devant un homme en tenue qui l’invective. On voit ensuite le policier lever son arme et tirer à bout portant sur la jambe de l’homme qui s’effondre avant d’être obligé de se relever pour avancer clopin-clopant, sous les menaces et insultes du tireur.

Autant de cas d’abus qui s’ajoutent à ceux de Me Michèle Ndoki et de Célestin Djamen, tous deux membres du MRC qui ont reçu des balles, pourtant tous étaient désarmés et participaient à une marche pacifique – ce qui est leur droit le plus absolu.

Autant d’abus qui se multiplient depuis quelques mois, voire quelques années au Cameroun, où les libertés citoyennes sont bafouées par les autorités, où les manifestations publiques sont systématiquement interdites lorsqu’elles ne sont pas organisées pour remercier le président ou pour le soutenir.

S’il y a insurrection au Cameroun, ce ne sera pas à cause du MRC ou de l’opposition, ce sera bel et bien à cause des autorités qui abusent de leurs prérogatives, oppriment le peuple trop souvent docile et œuvrent pour l’intérêt individuel au lieu de travailler pour l’intérêt commun.

Faut-il rappeler qu’au Cameroun les hôpitaux sont devenus des lieux craints par les populations parce qu’elles y sont rackettées ?

Faut-il préciser qu’au Cameroun, l’éducation de qualité est réservée aux riches parce que trop chère pour que les pauvres se permettent le luxe d’y envoyer leurs enfants ?

Faut-il évoquer les milliers de mort enregistrés sur nos routes chaque année à cause du mauvais état de celles-ci, et ce malgré les milliards décaissés pour leur construction/réhabilitation ?

Faut-il revenir sur le Cameroun anglophone, déchiré depuis plus de deux ans par une guerre inutile qui met le pays à genoux et engloutit l’argent qui aurait servi à relever l’économie nationale, créer de l’emploi, moderniser l’éducation, construire routes, ponts, hôpitaux, etc. ?

Faut-il revenir sur le scandale de la CAN, dont le budget n’a servi qu’à enrichir les amis des pontes du régimes, qui malgré les marchés passés de gré à gré, et la surfacturation des infrastructures, n’ont pas pu livrer à temps ?

Voilà ce qui va nous conduire vers l’insurrection. Le MRC n’y est absolument pour rien. Au Cameroun, les jeunes n’ont pas d’emploi, même quand ils ont des diplômes. L’entrée dans les grandes écoles est conditionnée, non pas par le mérite, mais par l’appartenance à tel ou tel cercle d’influence. À la longue, l’espoir de voir un jour les choses s’améliorer meurt, et là on est prêt à descendre dans la rue, n’ayant plus rien à perdre.

Donc, au lieu de pointer un doigt accusateur vers le MRC, il serait plus bénéfique de régler les questions qui conduisent au mécontentement populaire. Ces questions sont nombreuses et connues de tous. Ne pas le faire reviendrait à planifier l’insurrection au Cameroun.

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Commentaires

Marcelle
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Je partage ton point de vu. J'ai très mal quand je pense à ce pays que j'aime tant et qui semble vouloir plonger dans le chaos. Nos dirigeants me font honte, DR, Prof, etc. Jamais je n'aurai pensé que l'on descendrait si bas. Un grand pays gouverné par des gens de bas moralité qui ne pensent qu'a leur ventre.

Clod
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Mon coeur saigne, comment peut on agir de la sorte contre son peuple?