Crédit photo: Desy Danga (kalangoo-84.blogspot.com)

Les établissements scolaires que le ministre camerounais devrait fermer

Chaque année à la rentrée, le ministre camerounais des Enseignements Secondaires ferme des établissements scolaires qui, soit fonctionnent dans l’illégalité, soit ne respectent pas les exigences pour fonctionner. Si ces décisions sont à encourager au regard de l’importance de l’éducation, il y a également lieu de se poser des questions sur certains établissements publics qui fonctionnent depuis plusieurs années, et qui, pourtant, sont loin d’offrir aux apprenants un cadre idéal pour l’apprentissage.

Les établissements « non conformes »

Plusieurs établissements scolaires privés sont fermés pour « site non réglementaire ». C’est une raison tout à fait valable : pour qu’il y ait enseignement de qualité, il faut un cadre approprié. Le paradoxe c’est que sur l’étendue du territoire camerounais, plusieurs établissements publics fonctionnent sans salles de classes, sans bloc administratif, sans salle de professeurs, sans bibliothèque, bref sans bâtiments. En effet, plus on s’éloigne des grandes villes et moins les établissements scolaires sont conformes à ce qu’on pourrait considérer comme le standard.

Pourquoi et comment de tels établissements, qui sont très nombreux si on s’en tient aux témoignages de collègues qui travaillent dans certaines zones, existent et fonctionnent-ils ? C’est un mystère. Toujours est-il que, dans de telles conditions, il est impossible de remplir la mission générale de l’éducation qui est « la formation de l’enfant en vue de son épanouissement intellectuel, physique, civique et moral et de son insertion harmonieuse dans la société, en prenant en compte les facteurs économiques, socio-culturels, politiques et moraux.1 »

Une éducation au rabais

Le manque d’infrastructures n’est pas le plus gros problème de certaines écoles au Cameroun. Même dotés de salles de classes, plusieurs établissements scolaires demeurent confrontés au problème de personnel. Parce qu’elle est centralisée2, la gestion des ressources humaines au ministère des enseignements secondaires est une vraie catastrophe. Tandis que certains établissements ont un excédent d’enseignants, d’autres sont en pénurie.

Comment assurer l’éducation des apprenants quand on n’a pas suffisamment d’enseignants ? Ça dépend des cas. Dans les zones urbaines, on fait appel à des enseignants vacataires qui sont dans certains cas des étudiants sans aucune notion de pédagogie. Dans les brousses, on surcharge les enseignants qui se retrouvent à faire plus d’heures que recommandé. Parfois même, certains enseignants sont contraints d’enseigner des matières pour lesquelles ils ne sont pas formés

J’ai déjà eu un collègue, simple bachelier, qui enseignait à la fois l’histoire, l’espagnol et le français dans les classes de 6ème en 4ème. Et il n’était pas le seul dans cette situation. Quelle que soit la méthode utilisée pour régler le problème de personnel, la qualité de l’éducation s’en ressent, et on a, à la fin, des enfants mal formés et incapables de s’épanouir ou de s’insérer professionnellement.

Pour le bien des apprenants ?

Pourquoi créer des établissements scolaires insuffisamment équipés pour accueillir les apprenants ? Sans doute pour faciliter l’accès à l’éducation au plus grand nombre de jeunes Camerounais. Mais, cela vaut-il la peine de d’abandonner ces enfants à eux-mêmes une fois les décrets de création de ces établissements promulgués ? Je ne pense pas. D’ailleurs, plusieurs parents se sont rendus compte que ces établissements n’aidaient pas vraiment leurs enfants.

Après des résultats catastrophiques aux examens officiels enregistrés dans l’établissement où j’enseigne (1 admis sur 17 au probatoire, 3 sur 30 au BEPC et 2 sur 5 au BAC), plusieurs parents ont pris la résolution d’envoyer leurs enfants dans des établissements plus nantis en personnel qualifié, ce qui a délesté l’établissement d’une bonne partie de son effectif déjà insignifiant.

En fin de compte, qui profite de ces établissements scolaires démunis d’infrastructures et de personnel ? Pas les parents, et encore moins les élèves qui y reçoivent une éducation boiteuse et qui sont obligés d’aller fréquenter dans les villes voisines.

Bien faire ou ne pas faire du tout

L’éducation est une des missions régaliennes de l’État. C’est le droit le plus absolu des enfants d’être éduqués, et d’être bien éduqués. L’État devrait prendre des mesures pour mettre à la disposition de ces derniers les infrastructures et le personnel en quantité et qualité pour que cette mission soit bien remplie. Créer des établissements scolaires, qui seront désertés parce que n’ayant ni bâtiments ni personnel qualifié, a plutôt des effets néfastes sur le niveau scolaire des apprenants. L’état devrait, soit fermer ces établissements, soit s’assurer qu’ils sont bien fournis en infrastructures et en personnel.

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1. Selon l’article 4 de la loi d’orientation de l’éducation au Cameroun.

2. Malgré l’existence de délégations régionales dans chacune des dix régions, les affectations et les mutations du personnel enseignant se font depuis le ministère qui n’a sans doute pas la même maîtrise des besoins des établissements sur le terrain.

Crédit photo d’illustration: Desy Danga

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