Si j’étais leader de l’opposition au Cameroun…

 

L’opposition camerounaise est actuellement dans une position assez délicate. Pendant quelques temps, elle a été sous le feu des projecteurs, notamment avec la coalition qui s’est formée dernièrement pour protester contre une éventuelle modification de la constitution devant conduire à l’organisation d’élections anticipées. Si les dernières actions de l’opposition méritent d’être saluées, il reste vrai que celle-ci pèche encore dans plusieurs domaines. Moi, si j’étais leader de l’opposition au Cameroun, voici ce que je ferais.

Je n’appellerais pas à la retraite du président de la république

J’estime que c’est un débat qui n’a pas lieu d’être. Du moins, ce n’est pas à l’opposition d’appeler à la retraite de son adversaire principal. Paul Biya est président d’un parti politique. À la rigueur, ce sont les militants du parti au pouvoir qui peuvent encore demander à leur champion de ne pas se représenter. Faire signer des pétitions pour appeler à la retraite du président Biya tandis que les militants de son parti lancent plutôt des appels à candidature, pour moi, c’est simplement une perte de temps et d’énergie.

Appels à la retraire du président Biya - Crédit photo: le compte facebook d'Abel Elimbi Lobe
Appels à la retraire du président Biya – Crédit photo: le compte facebook d’Abel Elimbi Lobe

Je n’attendrais pas la veille des élections pour entrer en campagne

Je pense que c’est l’une des causes du discrédit de l’opposition au Cameroun. Pendant la période post-électorale, ces derniers « entrent dans les sissongos », c’est-à-dire qu’ils disparaissent de la circulation, et ne remontrent le bout de leur nez qu’à l’approche du scrutin. Aux yeux de la population, ça ressemble à une macabre danse du ventre exécutée pour se remplir les poches et la panse. Les faits ont démontré que plusieurs candidats dits de l’opposition ne se présentent à l’élection que pour bénéficier des frais de campagne. Dès que le pactole est empoché, on les voit battre campagne pour le candidat du parti au pouvoir.

Si j’étais donc leader de l’opposition, je commencerais à mener mes actions dès la publication des résultats des élections, histoire de prouver aux électeurs que je ne m’engage pas pour les frais de campagne.

J’irais vers les populations

À mon avis, les leaders de l’opposition ne sont pas assez en contact avec les populations – quand il n’y a aucun scrutin à l’horizon – surtout celles des zones reculées qui, la plupart du temps, ne sont informées que des actions du parti au pouvoir. Il ne suffit pas d’enfermer les programmes de société dans des bouquins et d’espérer que les populations se les approprieront. Même en les mettant sur internet (comme le MRC dont le programme de société est disponible ici), ceci ne garantit pas que les gens s’en imprègnent – encore faut-il que les sites internet soient bien référencés.

Le reproche le plus courant que l’on fait à l’opposition, c’est qu’ils ont pour seul programme politique « Biya must go » – Biya doit partir –, sans proposer aucune alternative solide et crédible en contrepartie.

C’est totalement faux. Chaque parti sérieux a un projet de société. Le seul problème, c’est au niveau de la vulgarisation. Se rapprocher des populations permettrait de faire connaitre ses intentions réelles pour le pays.

J’éduquerais la population et surtout les électeurs

Ce qui manque le plus à la population camerounaise, c’est sans doute un peu d’éducation politique. Les citoyens semblent avoir oublié quels sont leurs droits. En conséquence, lors des scrutins, les bureaux de vote sont vides. Pire, ils sont surpeuplés de citoyens, jeunes et vieux, qui viennent hypothéquer leur avenir en votant contre leurs intérêts en échange des promesses (quelques fois non tenues) d’argent.

En tant que leader de l’opposition j’irais vers les populations pour, non seulement leur parler de mon projet de société, mais aussi pour leur rappeler qu’ils ont aussi des droits, et que si leurs droits sont bafoués, il leur suffit d’aller aux urnes pour changer les choses.

J’allierais mes forces à celle des autres leaders

Au Cameroun, il existe 291 partis politiques légalisés. Difficile de faire un choix dans ce capharnaüm. Lors des scrutins, les électeurs indécis – et qui n’ont pas vendu leurs voix – auront du mal à se décider s’il faut choisir parmi 20, 30 candidats (dont plusieurs sont des alliés du parti au pouvoir). La conséquence logique c’est que les votants qui espèrent le changement fractionneront leurs voix entre les rares candidats sérieux, tandis que les autres voteront pour le parti au pouvoir. Dans cette configuration, il devient très difficile pour un quelconque parti de l’opposition de se démarquer.

Une alliance, par contre, permettrait de rassembler toutes les voix pro-opposition et de les attribuer à un seul candidat, lui donnant ainsi une chance de faire le poids face au parti au pouvoir.

En attendant que je devienne leader de l’opposition, pour mettre en pratique ce plan d’action, je me contenterai de m’inscrire sur les listes électorales pour, le moment venu, aller exprimer mon vote.

27 commentaires sur “Si j’étais leader de l’opposition au Cameroun…

    1. Hyper hyper cool l’article, je te l’accorde Lynda et ce, d’autant plus que personne, mais alors personne de personne ne sait quoi que ce soit sur les programmes de ces partis dits d’opposition. Fort et édifié sur cette question, en l’absence de tout candidat crédible dans notre chère Opposition, je trouve que le sieur Biya qui n’est pourtant pas ma tasse de thé, pour le Cameroun, serait le moindre mal. Par ailleurs, éduquer politiquement les Camerounais, ne reviendrait-il pas par exemple, entre autres séquences, à leur enfoncer dans le crâne que toute orientation sexuelle entre adultes, participe de la liberté – et n’y attente surtout pas- de chacun (nous sommes la risée du monde civilisé dans notre croisade pénalisante et homophobe ), que la Franc-Maçonnerie n’est pas ce « laboratoire de pédés et d’homicides » qu’on nous sert à longueur de manchettes et de « une » dans les journaux ?
      Pour revenir à Biya, je déplore le côté bling-bling genre série Santa Barbara de la famille ( des mois passés dans un hôtel suisse, la domiciliation de la Brenda à…Bervely Hills, Mme qui demande à rencontrer Paris Hilton plus connue pour ses frasques libidineuses et j’en passe ) qui écorne toujours davantage l’image de notre cher Président.
      Que ne lui construit-on en Suisse puisqu’il semble apprécier particulièrement les douceurs de ce pays, un chalet, propriété du Cameroun ? Mon Président à moi, passant le plus clair de son temps dans un hôtel fût-il suisse ou d’ailleurs ! C’est plus que je n’en peux supporter mais qu’y puis-je avec une première dame et sa gamine qui aiment se la jouer stars du 7è art…Pitoyable ! J’en ai mal au Cameroun

      1. Quand je parle d’éducation politique, je ne fais aucune allusion à l’homosexualité ou à la franc-maçonnerie. Pour moi il s’agit simplement d’enseigner aux citoyens comment jouer leur rôle, notamment lors des élections. Le constat qu’on fait c’est que beaucoup, qui se plaignent pourtant à longueur de septennat, ne vont jamais essayer de changer les choses par la voie la plus autorisée, c’est-à-dire les élections. C’est à ça que je me réfère quand parle d’éducation politique. Après on comprend que les gens soient découragés quand ils ne voient pas une opposition forte et unie. L’éducation politique, c’est aussi amener les gens à se procurer les programmes des autres candidats.

  1. Ah, Will, si l’opposition camerounaise pouvait te lire et appliquer tout ceci, elle serait certainement plus crédible! Mais helas!

    1. Hélas, comme tu dis. J’ai bien peur que l’histoire se répète cette fois encore. Si tu remarques, l’opposition est redevenue silencieuse. Ça me fait dire que leurs réactions sont motivées par les actions du parti au pouvoir. C’est dommage. Jusqu’à preuve de contraire, la meilleure défense c’est l’attaque. Ils n’attaquent pas, et tout porte à croire qu’ils seront encore battus.

  2. Hummm…. Un peu surpris de ne pas voir une partie qui traite de la réelle transparence des opérations électorales et surtout des décomptes qu’on soupçonne souvent d’être les sources des faux résultats…

    1. La transparence des opérations électorales et le décompte sont inclus dans ce que j’ai appelé « l’éducation politique ». De plus, je pense que les gens ne s’impliquent pas dans le processus électoral parce qu’ils manquent d’informations, notamment sur les alternatives proposées par les autres partis (raison pour laquelle j’ai parlé de se rapprocher des populations). J’estime que les partis d’oppositions à eux seuls sont incapables de s’assurer de la transparence du processus électoral. Pourtant si le peuple est de leur côté, ce sera au peuple de rendre l’élection transparente (en refusant de voter plusieurs fois contre de l’argent, et en assistant à l’acheminement des urnes et au décompte des voix par exemple). Pour finir, il y a des points que je n’ai pas trop voulu développer parce qu’ils seront développés plus en détail dans d’autres billets.

      Merci pour le commentaire.

      1. OK. Avec les précisions ça le fait. Mais dans le billet cela était plutôt transparent (dans son sens informatique, on se comprend :D) au lecteur non avisé et surtout ne connaissant pas bien l’Afrique

      1. Oui en proportion vous nous dépassez. Mais je me demande si le fait d’avoir plus de partis politiques qu’il n’en faut est un avantage ou un inconvénient pour un pays. Surtout quand on se rend compte que beaucoup parmi ces derniers sont des politiciens du ventre.

  3. Mon frère tu bois quoi ? Tu as très bien évalué la situation. Je suis tout à fait d’accord avec toi, l’opposition manque d’actions viables. L’essentiel c’est pas de dire « Biya must go »
    Il n’y a pas de propositions pragmatiques.

    1. Tu sais, j’ai plutôt le sentiment que l’opposition met plus d’énergie à dire « Biya must go » qu’à vulgariser leurs programmes de société. En conséquence, on a l’impression que « Biya must go » c’est leur seul plan d’action, or c’est parfois tout le contraire. Ceci dit je prends tout ce qui est glacé et qui mousse 😉 Merci encore pour le commentaire.

  4. Tout ce qui est dit ici est vrai mais en Afrique (surtout dans certains pays), ce n’est pas facile d’être opposant.
    Je laisse Fotso me dire comment ils financent aussi ses actions et je reviens… 😀

      1. Lol… Et selon toi, les militants de nos partis d’opposition cotisent normalement?
        Détrompe toi. Souvent le Chef de parti est le principal pourvoyeur de fonds et cela fausse tout.
        Même les partis au pouvoir se servent de la caisse de l’Etat.
        Dans le fond, beaucoup de militants ne cotisent presque jamais. Un infime partie cotise et le reste attend même que ce soit le Chef qui donne…

        1. Je suis d’accord. Mais la vérité c’est aussi qu’on ne s’engage pas en politique avec les poches trouées. Le leader doit aussi lead financièrement. Au moins pour un début. Et c’est parce qu’ils sont soupçonneux quand aux intentions réelles de leurs leaders que beaucoup de militants ne cotisent pas. C’est la raison pour laquelle le leader doit faire ses preuves. Ça pourrait amener les gens à adhérer, et les militants à contribuer normalement.

  5. Je t’assure que beaucoup de militants ne savent même pas que leur devoir est de cotiser pour le parti. Ils sont convaincus que c’est le parti qui doit les rétribuer.
    Dans la forme et normalement ont n’a pas besoin d’être riche pour créer un parti puisque ce n’est pas une « société privée unipersonnelle ». Mais en Afrique c’est une autre réalité…

    1. Hahaha c’est drôle mais c’est vrai: certains militants attendent plutôt des récompenses. C’est pour ça qu’une petite éducation politique est indispensable. Le problème c’est que le RDPC a habitué les gens à recevoir de l’argent après avoir défilé, après avoir voté etc. À la longue ça devient la norme. Et il devient difficile à de demander à quelqu’un qui reçoit 5.000 plus un tissus du parti et quelques bières de cotiser pour la bonne marche du parti.

      1. Voilà. Et donc quand les partis d’opposition demandent à leurs militants de cotiser, beaucoup disent que de l’autre côté on donne gratis.
        Du coup il y en a même qui quittent à cause de ça.
        L’éducation oui peut être mais avec la pauvreté de beaucoup ou la recherche du gain facile c’est compliqué

    1. Difficile à dire, cher Daves. Mais ce dont je suis sûr c’est que notre opposition a un sérieux problème de crédibilité. Et ce manque de crédibilité profite au régime en place, puisqu’on se dit qu’ils font tous partie de la même équipe. Une autre chose dont je suis sur, c’est qu’un candidat unique de l’opposition pourra menacer le candidat naturel du parti au pouvoir. Est-ce suffisant pour qu’il y ait alternance à la tête de l’état ? Bien malin qui pourrait le dire.

  6. Oui. Oui !
    Oui, si j’étais leader de l’opposition, je nattendrai surtout pas la veille des élections pour entrer en campagne. C’est ça le comble. Ca comprend à mon sens, les points énumérés à sa suite.
    Lorsque l’on s’oppose, il faut exister. Investir l’esprit de l’électeur (aller vers les populations et les éduquer entre-autres). De manière – tout au moins – à gagner une sympathie publique, gage d’un minimum de confiance, à capitaliser à ladite veille des élections.
    Tout ceci appel, en outre de la création d’une coalition, à une orientation marketing de la part de nos partis d’opposition. L’électeur est un client, il se conquiert bien au-delà des considérations « transactionnelles » du jour-J, par une attraction de longue date.

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