Quarante-quatre ans à fêter ce qui n’existe pas…

Hier au Cameroun, on célébrait l’unité nationale. Comme chaque année, on a vu les citoyens défiler, comme chaque année depuis 44 ans, on a fait défiler les enfants en chantant des chansons qui n’ont parfois rien à voir avec l’unité. Mais au-delà du défilé et des autres cérémonies qui entourent la célébration de cet événement, je pense qu’il faudrait s’arrêter une seconde pour s’interroger sur l’unité qu’on dit célébrer au Cameroun chaque 20 mai.

Sommes-nous unis au Cameroun ?

Si la question est posée à plusieurs Camerounais, ils répondront par l’affirmative et sans hésiter une seconde. Pourtant, dans la réalité les faits obligent à considérer certains points avant de répondre.

Au Cameroun, il existe des groupes sécessionnistes qui réclament la séparation des parties anglophone et francophone du pays. Plusieurs mouvements dans ce sens ont vu le jour (Southern Cameroons National Council (SCNC), All Anglophone Conference (AAC), etc) et continuent à se battre pour la sécession. Ces groupes, pourtant datent d’après la pseudo réunification des deux Cameroun, ce qui remet en question l’unité qui est célébrée chaque année.

Crédit photo: cameroonvoice.com
Militante sécessionniste du SCNC – Crédit photo: cameroonvoice.com

La réaction du gouvernement face à ces revendications laisse perplexe : aucune tentative de dialogue, les sécessionnistes sont simplement mis aux arrêts. Autant dire que le problème n’est pas résolu.

Deux systèmes juridiques pour un pays uni ?

Depuis un certain temps au Cameroun, les avocats anglophones exigent un système bi-juridique pour de nombreuses raisons parmi lesquelles figure le problème de langue. Je suis incapable de trancher ce différend entre professionnels de la loi, mais je pense que c’est bien un symptôme de la désunion qui règne au Cameroun.

Des preuves du manque d’unité au Cameroun, il y en a à suffisance. Le tribalisme, par exemple, en est une manifestation flagrante. Alors, que représente réellement la cérémonie organisée chaque 20 du mois de mai au Cameroun ?

Ne pas se contenter de défiler

Si le défilé et la réception offerte par le chef de l’État (aux frais des pauvres citoyens que nous sommes) ne sont pas forcément une mauvaise chose, il me semble que cela ne devrait pas être la seule façon de célébrer l’unité. Le préalable, à mon avis, serait de s’assurer que cette unité est effective, et, le cas échéant, de mettre en place des stratégies et mener des actions pour qu’à chaque célébration, il y ait un bilan positif, des réalisations palpables allant dans le sens de la préservation et de la consolidation de l’unité nationale.

Les mouvements sécessionnistes et le tribalisme, entre autres sujets de division, sont autant d’éléments qui remettent en cause le caractère unitaire du Cameroun. Il est impératif que ces questions soient étudiées de près, et des solutions efficaces proposées. Autrement, on aura passé quarante-quatre années à célébrer quelque chose que nous n’avons pas.

15 commentaires sur “Quarante-quatre ans à fêter ce qui n’existe pas…

  1. Je ne suis pas super d’accord avec ton point. Pour moi l’unité nait de la capacité de la majorité à vouloir vivre ensemble. Oui, il y a des secessionistes mais si ces personnes représentaient la majorité des anglophones, ils auraient eu assez de soutien pour une guerre (vu le nombre de personnalités de ce pays, qui ont des moyens financiers importants). C’est comme si on disait que parce qu’il y a des sécessionistes en Corse, la France n’est pas unie. De même tu parles du tribalisme, et je pense toujours qu’il est naïf de penser que 200 ethnies peuvent cohabiter sans esprit de clan. Le souci n’est pas à mon sens le pseudo-tribalisme mais plutôt la répartition des ressources entre tribus. Enfin, le tribut de la langue et des bi-systèmes vient du système fédéral et peut être vu comme une force (capacité pour les Camerounais d’être bilingue) ou une faiblesse mais vouloir tout unifier tout simplement ne réglerait pas le problème pour le meilleur. En somme, nous avons des différences, des différends, et il faut c’est vrai chercher à les résoudre mais aller jusqu’au point de dire que l’unité n’existe pas depuis quarante-trois ans c’est quand même gros. Ne négligeons pas le prix de ce que nous avons pour la perfection (bien compréhensible) que nous voudrions.

    1. Merci pour ton commentaire et pour ton point de vue, Anna.

      Ce que j’essaie en réalité de dire ici, c’est qu’il ne suffit pas de défiler chaque année pour être un état unitaire. Il existe des problèmes et meme des tentatives de séparation définitives, et pourtant (et c’est ça mon problème), rien n’est fait pour régler le problème. Je me dis que même si une seule petite poignée de personnes sont pour la sécession elles méritent d’être écoutées (et non arrêtées et intimidées comme c’est le cas) pour qu’une solution soit trouvée à ce problème. N’oublions pas qu’une partie du Cameroun s’était déjà ralliée au Nigeria… L’unité, si nous l’avons, doit être consolidée, renforcée.

      Le système bijuridique par exemple n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais si c’est la manifestation d’un séparation entre avocats anglophones et francophones, là il faut se poser des questions. Le grand problème c’est que rien n’est fait pour essayer de régler le problème.

      Pour finir, je dirai que, être uni ne signifie pas forcément être mélangés (en parlant du tribalisme et des clans). On peut rester dans nos clans, mais éviter de voir ceux qui n’en font pas partie comme des moins que rien. Pourtant dans ce pays ce n’est pas toujours le cas. Et tout ca, ceux qui organisent les défilés le voient mais ne font rien pour ameliorer la situation. Alors que fêtons nous tous les 20 mai ?

      1. Thanks for the answer. Je crois que j’avais bien compris tes points et tes explications le confirment mais même là-dessus je ne suis pas d’accord.
        1. Dans la plupart des pays du monde, les sécéssionistes sont souvent considérés comme des terroristes (en Corse par exemple c’est le cas) sauf lorsqu’ils représentent une frange majoritaire et dans ce cas, il faut parlementer avec eux. Or, aujourd’hui ce sont des forces très minoritaires et qui ont dans leurs actions, des relents de violence, donc je ne dirai pas si je suis pour ou contre les arrestations systématiques mais je ne suis pas d’avis que ce soit un problème (au vu de tous les autres problèmes critiques que notre pays a) qui devrait être d’un intérêt majeur. Pour moi, si le système n’était pas déjà dans son ensemble remis en question (le vrai débat à mon sens), les sécessionnistes seraient même moins enclin à s’exprimer.
        2. Sur les avocats, ok soit mais est-ce aujourd’hui un problème qui bloque la justice dans toutes les zones anglophones? En d’autres termes, quelle est sa valeur nuisible? Entre ça et peut-être une réforme du système d’éducation pour plus d’unicité entre anglophone et francophone (qui pourrait aussi être un pb à observer), quel serait le choix.
        3. Donne-moi l’exemple d’une tribu qui de façon active traite les autres comme des moins que rien dans ce pays? N’exagérons pas non plus. Pour donner l’exemple d’une tribu qui souvent se plaint du tribalisme (les Bamileke), ceux sont pourtant eux qui sont les plus sectaires (recrutement dans leurs sociétés par exemple, et ça ce n’est pas du domaine de l’état) à certains égards. Mais, il n’y a encore personne dans ce pays (à ma connaissance) qui ait un jour été tué du fait de son appartenance à une tribu ou à une autre (or, dans les pays où une tribu considère une autre comme moins que rien, on va jusque là)
        Donc au final, je ne sais pas exactement ce que tu voudrais voir faire différemment et c’est bien ça mon problème. Nous avons l’art de nous plaindre, de villipender le pays dans lequel nous vivons comme si tout y allait mal et qu’au final nous sommes au bord de l’explosion. Moi, personnellement je pense qu’à force d’appeler cette explosion, de magnifier certains problèmes, de ne rien faire dans nos mentalités pour appeler dans nos actes au changement, oui il y aura l’explosion mais ça ne sera plus la faute du pouvoir en place. Nous en aurons fait le plein choix et il faudra l’assumer!

        1. Anna, pour avoir vécu un temps dans la zone anglophone, je peux te dire que ce mouvement séparatiste est en fait la manifestation d’un malaise ressenti par la grande majorité des compatriotes anglophones. Seulement, tous n’iront pas jusqu’à intégrer ce mouvement. C’est pour cela que je pense qu’il serait bénéfique de savoir quel est le fond du problème. Sais-tu que certains parents, à Bamenda (c’est-à-dire en pleine ville), interdisent à leurs enfants de faire les cours de « French » ? J’y ai fait mon stage pratique, des élèves me l’ont dit. Tu verras des élèves avec toutes les fournitures, excepté ce qui concerne le français.

          A mon avis, le problème des séparatistes est lié à celui des avocats : ils se sentent rejetés, étrangers dans leur pays. Les avocats se plaignent de ce que le français soit imposé, par exemple. Fais le lien avec le parent qui interdit à son enfant de faire les cours de français… Il y a quelques année, à Maroua, à l’occasion du 20 mai nous avons organisé une table-ronde sur le thème de l’intégration nationale, et j’ai entendu des choses terribles de la part de ms collègues anglophones. Aucun ne se sentait à l’aise en zone francophone. C’est de ça que je parle ici. Les mouvements séparatistes ne sont que les parties visibles de l’iceberg. C’est pareil pour le système éducatif, donc je n’ai malheureusement pas parlé dans mon billet.

  2. Tu sais Will, tu as fait un choix précis sur ton blog qui est de généralment montrer les mauvais côtés mais je trouve personnellement que tu le fais toujours plus sur la base de ton vécu, que sur la base de généralités et il faudrait que tu en sois un peu plus conscient. Moi ce que je sais, c’est que les anglophones ont un problème avec la mentalité francophone et pour te dire vrai, moi-même étant francophone, j’ai un pb avec notre mentalité et je me rapproche plus des anglophones. Par exemple ce que tu fais là est typiquement francophone. Un anglophone lui chercherait à son niveau la façon de se débarasser de son pb et d’avancer. C’est pour ça que je te dis que l’impact des mouvements séparatistes pour moi reste faible, pas parce qu’il n’y aurait pas de malaise, mais parce que ces populations sont plus constructives et s’efforcent d’apporter le changement qu’elles veulent plutôt que de le subir. Comme je te l’ai dit plus haut, continuons d’avoir cette image où nous voulons supposer que nous vivons en enfer, et rien ne fonctionne dans ce pays. Nous finirons par appeler l’enfer parce qu’au final tu exposes, tu exposes mais tu ne proposes pas grand chose non plus. Le sentiment d’unité ça commence par les personnes. Qu’est-ce qu’en tant que Camerounais nous devrions faire pour la créer? Arrêter de défiler? Just asking. Sur ce, adios.

    1. Ils veulent donc se débarrasser du problème en créant leur propre pays… Or la réunification, l’unité n’aura pas de sens sans la partie anglophone du pays. L’impact des mouvements séparatistes est faible mais est-ce une raison pour les ignorer ?

  3. Si je puis me permettre, je reproche à nos dirigeants de penser que le simple fait de défiler suffit à régler les problèmes. On a créé tout un mythe autour du défilé. En soit il n’est pas mauvais de défiler. Que faisons-nous après.

    1. C’est la même chose que je leur reproche, Guy. Il y a des problèmes, aussi petits soient-ils, mais on les ignore toute l’année pour se contenter d’aller défiler le 20 mai.

  4. Thanks Fonkam, what you are expressing is the simple and blatant truth, all what the Franco-phones think is the protection of their french language, culture and administration, forgetting that this country is bi-cultural and not bilingual. Worthy of note all Anglophones are SCNC members because it stands for Southern Cameroons National Council and they are portraying the daily sufferings of the west Cameroonians, i always challenge my francophone colleagues that let’s get back to the 1972 constitution and see what anglophone Cameroon will become in 20 years time, at this point in time what we simply doing is to first of all protect our judicial, educational and soon to come our way of governance not what we see in this country today. thanks

    Merci Fonkam, ce que vous exprimez est la vérité simple et flagrante, tout ce que les Franco-phones pensent est la protection de leur langue française, la culture et l’administration, en oubliant que ce pays est bi-culturelle et pas bilingue. Il convient de noter tous les anglophones sont membres du SCNC parce qu’elle représente Southern Cameroons National Council et ils sont dépeignant les souffrances quotidiennes des Camerounais occidentale t, je conteste toujours mes collègues francophones que nous allons revenir à la constitution de 1972 et de voir ce anglophone deviendra en 20 ans, à ce moment-là ce que nous fait simplement est d’abord de protéger notre justice, de l’éducation et à venir bientôt notre façon de gouvernance pas ce que nous voyons dans ce pays aujourd’hui. Merci

  5. Moi même j’ai jamais compris cette survalorisation du défilé et dans ce défilé la prépondérance de sa partie militaire.

    Je rêve d’un défilé où le clou du spectacle serait le passage des enseignants (je précise que je ne dis pas ça pour plaire à WILL), notamment du primaire.
    Personnellement je regarde rarement le defilé, j’y trouve même un certain ridicule (ET POURTANT J’ADORE MON PAYS), un peu comme ces photos qui traînent fièrement chez des compatriotes où les voit serrer la main du chef de l’etat .

    Pour revenir au problème anglophone,je pense que ça va péter un jour.
    Les francophones ont fait une O P A sur le Cameroun anglophone (avec le décret unilatéral de M. BIYA en 84 pour transformer la république unie en république tout court) et ils ne prennent même la peine d’arrondir les angles. Sur le fronton de (presque)tous les ministeres c’est écrit en français au dessus et en anglais en dessous avec une police plus petite.
    Et je parle même pas de LA FÉCAFOOT, LA FÉCAVOLLEY,etc.

    1. Je pense comme toi, William – tout en espérant avoir tort – que si rien n’est fait, un de ces quatre la situation de la partie anglophone pourrait dégénérer. On aura beau faire semblant, il existe un problème et il doit être réglé. Pour moi le défilé idéal ne verrait pas forcément défiler les enseignants, parce que laisse-moi te dire qu’eux-mêmes ne sont pas des exemples en termes de tolérance. Si je te répète des choses que les collègues disent parfois au sujet des enseignants ou élèves d’expression anglophone ou francophone, tu ne vas pas y croire. Donc je disais que, pour moi, le défilé idéal c’est celui avant lequel on aura fait le bilan des actions posées pour promouvoir l’unité nationale, pendant lequel ce bilan sera présenté à l’assistance (sur des pancartes par exemple), et après le quel de nouveaux objectifs seront fixés pour que, à a célébration suivante, qu’on aie encore fait un pas de plus vers la vrai unité, pas celle des textes et des décrets.

  6. En attendant que tu nous sortes quelques morceaux choisis des réflexions de ces enseignants qui degradent la profession, je me permets d’élargir le débat sur un concept qui a mon avis ne fait pas avancer le schmilblick (oui je l’ai trouvé tout seul),
    L’ÉQUILIBRE RÉGIONAL.

    Ce concept et ses manifestations sont l’un des plus grave danger pour la stabilité de ce pays.
    On dit aux gens : « pour que tout le monde soit heureux il faudrait qu’on prenne des ministres dans toutes les régions du pays »
    Malheureusement l’idée que ça induit est qu’un responsable travaille d’abord pour SA communauté….et dans les faits c’est souvent le cas.

    Je rêve d’un gouvernement où les postulants seraient auditionnés comme dans les multinationales et recrutés sur la base seule des compétences et des programmes.
    Et après si on se rend compte que tous les ministres et D.G viennent du même arrondissement, personne ne se plaindra puisqu’on saura exactement quoi attendre d’eux

    1. Tu sais à l’époque de l’#IRICGate, j’étais à un doigt de faire un article sur cette histoire d’équilibre régional. Mais je dois avouer que je suis plutôt flemmard en général, donc je ne l’ai pas fait.

      Et à ce sujet je suis de ton avis, une fois de plus: l’équilibre régional est un prétexte pour encourager la médiocrité. C’est d’ailleurs très dangereux comme dispositif, parce qu’on risque de se retrouver avec à la direction d’un ministère, d’une entreprise, d’un projet, un camerounais très compétent, et un autre médiocre qui ne comprend rien à rien, mas qui est là juste parce qu’il vient d’une région « défavorisée ». C’est clair que l’organisme ne va jamais progresser. Par contre, en primant le mérite, ça crée une certaine compétition, une certaine course vers l’excellence, ce qui ne peut être que bénéfique pour le pays. D’ailleurs, dans un pays uni, on ne prend plus en considération les régions… Ça montre effectivement que nous sommes encore loin d’être un état unitaire.

  7. when you said nobody believed you,today they are seeing the consequences,thanks a nillion man
    aujourdhui beaucoup vont croire a toi avec tout ce que passent dans les zones anglophone.merci enormement

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