Tous des « kongosseurs » devant Dieu et les hommes

L’autre jour, quand j’ai vu ma mère et deux autres femmes (qu’elle ne connaissait même pas) commencer spontanément à chuchoter entre elles à propos de la femme d’un patient qui venait d’être hospitalisé, j’ai eu la réaction que tout Camerounais, et peut-être tout Africain digne de ce nom aurait eue : « Ah, les femmes ! Les femmes ! Le kongossa-là coule seulement dans leurs veines ! » Pourtant, en y réfléchissant bien, je me suis rendu compte que dans cette discipline olympique qu’est le commérage, ce ne sont pas seulement les femmes qui sont les championnes.

En réalité, il suffit que deux personnes se rassemblent pour que, d’une façon où d’une autre, le kongossa commence. Oui, parce qu’il est presque impossible de ne parler que de soi-même, sans citer le nom d’une tierce personne. Généralement, quand deux amies se « gâtent » au quartier, il n’est pas rare d’entendre l’une demander à l’autre de laisser son nom tranquille. En se basant sur ces disputes plus que récurrentes dans nos quartiers, on peut déduire que le simple fait de parler de quelqu’un qui n’est pas présent, de prononcer son nom même, c’est déjà « faire le kongossa sur lui ».

Il suffit que 2 ou 3 soient rassemblés pour que le kongossa s'installe - Crédit photo: afrique-a-velo.jeremiebt.com
Il suffit que 2 ou 3 soient rassemblés pour que le kongossa s’installe – Crédit photo: afrique-a-velo.jeremiebt.com

Cependant, à la différence des kongosseurs amateurs – ceux qui citent les autres sans aucune intention nocive –, les kongosseurs professionnels ne font pas que parler de vous. Ah non ! Eux, ils mal-parlent, mentent parfois, inventent des histoires sur votre compte ou pire encore, disent des vérités que vous ne voulez pas forcément que tout le monde sache. Et c’est parfois à ce niveau que les femmes pourraient surpasser les hommes (je n’ai fait aucune étude hein, je me base juste sur les cas de bagarres et/ou engueulades que j’ai eu à observer. Dans la grande majorité des cas, il s’agissait de querelles entre femmes).

La question que nous nous sommes posée ce mois dans le cadre du Blog Contest, part du thème suivant : « Dire ou laisser dire: la gestion du bouche à oreille ». En français facile, comment réagir au kongossa ? Faut-il kongosser ou bien laisser les gens nous kongosser sans rien dire ? À mon avis, c’est simple : tous, autant que nous sommes, nous kongossons, du moment où nous parlons des autres quand ils sont absents – que ce soit en bien ou en mal. Même si tout dépend de la nature de ce qu’on dit de l’autre, et parfois de la personne à qui on le dit, la vérité reste évidente : on a kongossé que sauf – je challenge d’ailleurs quiconque de me dire qu’il n’a jamais mal-parlé d’un(e) ami(e) en son absence.

Crédit photo: lwn-mag.com
C’est dans le sang – Crédit photo: lwn-mag.com

Tout comme pour un voleur, on ne peut accuser quelqu’un de pratiquer le kongossa que quand la personne avec qui il kongossait vient le trahir. Il y a des gens qui sont ensemble chaque jour et se croient des amis alors que l’un d’eux, chaque fois que c’est possible, prend la peine d’afficher les secrets de l’autre. On fait donc comment ? Eh bah, on laisse dire. D’ailleurs il n’y a rien que nous puissions faire pour empêcher le kongossa, à moins d’apparaître chaque fois que deux personnes s’apprêtent à parler de nous.

En un mot, comment gérer le bouche à oreille, dire ou laisser dire ? Non, dire (parce qu’on ne peut s’en empêcher) ET laisser dire (pare qu’on ne peut l’empêcher). Maintenant, il est temps de faire un tour sur les blogs des autres challengers du Blog Contest pour lire leur part de kongossa :

Leyopar

Elsa Diamond

Elieko

Tchoupin0v

22 commentaires sur “Tous des « kongosseurs » devant Dieu et les hommes

  1. Je pense juste qu’il ne faut parler d’une part que de ce qu’on connait, et d’autre part, ne dire que des choses qu’on pourrait dire en face à la personne si la nécessité s’impose. Moi c’est ma philosophie. Quand je ne connais pas là ou je ne suis pas sûre que ce qu’on me dit est vrai, je n’écoute même pas. Pour avoir subi les effets du commérage, les gens sont souvent spécialistes pour inventer donc mieux ça te laisse à 37 et mieux tu es tout aussi capable d’être honnête comme j’ai dit plus haut. (ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, ou bien?)

    1. je suis bien d’accord avec ta philosophie: dire devant les gens ce qu’on pourra dire devant le/la concerné(e). C’est également ce que j’essaie de faire, mais j’avoue que ce n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire.

  2.  » Cependant, à la différence des
    kongosseurs amateurs – ceux qui citent
    les autres sans aucune intention nocive –,
    les kongosseurs professionnels ne font
    pas que parler de vous. »
    Looool eh Ecolier, donc il y en a mm les pros et les amateurs ds l’affaire ci? yeutch!

  3. Souvent tout ça même, c’est même l’ennui d’abord lol!

    Non mais plus sérieusement, difficile d’échapper au kongossa aussi bien en tant que « kongosseur » qu’en tant que victime de kongossa. Même si ce serait bien de savoir limiter la parole, « Trop parler, c’est maladie » comme on dit chez nous. Et une maladie très contagieuse même dans notre cadre de vie en communauté, donc le kongossa a encore de beaux jours devant lui…

    1. Voilà la vraie cause du Kongossa: l’ennui. Quand quelqu’un n’a rien à faire toute la journée, il y a des chances pour qu’il fourre son nez dans la vie privée des autres – c’est peut-être pour cela que les femmes sont les plus atteintes par ce mal. Mais bon, ça n’a pas que des côtés négatifs hein, quand deux amies se gueulent dessus au quartier, ça peut être très divertissant à écouter, ces secrets qu’elles balancent comme ça, à la volée.

  4. Votre réflexion s’applique partout, à tout moment!
    Les kongosseurs comme vous les appelez chez vous peuvent vraiment vous rendre la vie très dure. C’est affreux. Personnellement, je les laisse faire. Je souffre quelquefois en silence, mais d’autres fois, et je le fais de plus en plus souvent, je puise dans leur kongossa l’énergie pour aller plus de l’avant. Quand je réalise un nouveau succès, les kongosseurs sont loin derrière.
    http://rimamoubayed.mondoblog.org/ressemble-ta-colere/

    1. Je pense qu’à un moment on s’habitue à leur médisance et après on ne fait plus très attention. Et puis, ça aide à avancer, comme tu l’as souligné. Chez nous on dit parfois que celui qui parle de toi sera toujours derrière toi — il ne pourra pas progresser puisqu’il reste s’occuper de ta vie au lieu de faire la sienne.

      1. Je viens de tomber sur une citation qui m’a fait penser à ton billet:
        « Informé que quelqu’un parlait de lui, [Aristote] se contenta de dire : « Qu’il me donne même des coups de fouet, s’il le veut, en mon absence. »

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