En réalité, ce n’est pas la mèche le problème

Depuis quelque temps déjà, le vent de la révolution « nappy » souffle sur les têtes (et dans les cheveux) de nos sœurs africaines. Les nappy, ce sont ces femmes qui ont décidé d’assumer leur identité culturelle en refusant désormais d’utiliser tout artifice ou accessoire qui pourrait les faire ressembler aux individus d’une autre race, ou aire culturelle ou géographique. Comme on peut s’y attendre, la première cible de ces guerrières aux cheveux crépus, ce sont les mèches. Mais la mèche est-elle vraiment le problème ?

Un simple accessoire

La mèche est un accessoire de beauté. On ne saurait, en réalité, lui attribuer toute la responsabilité du rejet culturel qui caractérise la plupart de nos sœurs depuis plusieurs dizaines d’années déjà. Pendant mes brefs séjours dans la zone anglophone du pays, il m’est arrivé de voir des mèches ou greffes carrément hirsutes qui permettaient de donner un aspect locksé aux cheveux. Ce qui pose problème, à mon avis, c’est l’utilisation qui est faite de la mèche.

Certaines mèches permettent de faire des coiffures "africaines" - Crédit photo: naty-ay.fr
Certaines mèches permettent de faire des coiffures « africaines » – Crédit photo: naty-ay.fr

Certaines coiffures féminines et purement africaines nécessitent une chevelure assez longue – les rastas par exemple. D’autres coiffures sont plus belles si la chevelure est d’une certaine taille. Donc, si une demoiselle décide d’utiliser les mèches pour rallonger sa chevelure et faire une de ces coiffures qui nécessitent une longue chevelure, je ne trouve pas de problème, du moment que la coiffure fait ressortir son africanité.

Aliénation culturelle

La mèche devient un problème à la seconde où son utilisation traduit et/ou renforce un certain rejet – parfois inconscient – de la culture africaine. Ce qui arrive généralement chez nous en Afrique c’est que les mèches sont utilisées pour des coiffures ressemblant étrangement aux cheveux européens ou asiatiques ou latino-américains. Les cheveux naturels quant à eux, sont soigneusement enfouis sous l’épaisse crinière qui, pendant des semaines, cachera la vraie nature de la belle.

C’est que, après la colonisation, et avec l’abondance de produits étrangers sur nos chaines de télévision, les standards de la beauté ont progressivement été altérés dans les esprits de nos sœurs – et même de nos frères, malheureusement ! Désormais, on n’est belle que si on a une longue chevelure bien lisse qui nous tombe sur les épaules.

Les standards de beauté ont beaucoup évolué dans nos sociétés - Crédit photo: cindyfashion-coiffure-afro.fr
Les standards de beauté ont beaucoup évolué dans nos sociétés – Crédit photo: cindyfashion-coiffure-afro.fr

Avec le temps l’utilisation des mèches est devenue la référence en termes de beauté, qui associée à d’autres artifices et sacrifices (notamment la dépigmentation volontaire de la peau) traduit ainsi non seulement le désir pour beaucoup d’Africaines à s’identifier à d’autres cultures, mais aussi, et surtout le rejet de tout ce qui fait leur identité.

C’est mieux sans mèche

Je suis convaincu que l’Afrique se porterait beaucoup mieux sans mèche, et que cette course effrénée vers les rajouts capillaires de plus en plus chers ne peut rien nous apporter de bon pour le développement du continent, autant sur le plan culturel que sur le plan économique.

Sans les mèches c'est mieux - Crédit photo: femmesdufaso.blogspot.com -
Sans les mèches c’est mieux – Crédit photo: femmesdufaso.blogspot.com

Les millions de francs dépensés chaque année pour l’achat de mèches brésiliennes ou synthétiques fabriquées ailleurs et importées chez nous ne sont pas un plus pour l’Afrique. D’ailleurs, les mèches synthétiques, dont la durée de vie est limitée, sont un danger pour l’environnement. Et si en plus nos enfants grandissent avec en tête l’idée que leur chevelure est une calamité, alors là, je crois que l’addition est trop salée.

C’est vrai que ce n’est pas la mèche en elle-même, mais plutôt son utilisation qui accentue le problème d’aliénation et de rejet culturel, mais en réalité, on se passerait de cet accessoire inutile qu’on se porterait beaucoup mieux en Afrique.

34 commentaires sur “En réalité, ce n’est pas la mèche le problème

  1. Cette fois, je ne suis pas d’accord avec toi mon cher ami. Les mexicains, nous sommes un mélange de tout, des espagnols, des aztèques et d’une grand partie d’africains qui sont venus vers le 1600 comme esclaves des européens, malheureusement. Mes cheveux sont complètement frisés de la même manière qu’une femme africaine et je me les repasse presque tous les jours pour qu’ils soient lisses et pour moi c’est une question de commodité (comme ça, ils deviennent plus maniables) et c’est une question esthétique aussi, je me trouve plus à l’aise comme ça ET çA NE SIGNIFIE PAS que je dénie mes racines aztèques, ni mes racines africaines. Je ne porte pas tout le temps des vêtements, ni d’accessoires aztèques ni mayas (bien que je les trouve assez beaux) puisqu’il y d’autres choses que j’aime bien et moi, je me considère la mexicaine la pus fière de sa culture et son pays 🙂

    1. Je ne parle pas de se lisser les cheveux (chez nous on dit « défriser »), mais bien de les recouvrir de mèches synthétiques ou naturelles. Ce n’est pas exactement le même chose que tu fais. En plus, si tu as une origine métissée, tu peux privilégier la culture qui te convient le mieux (sans rejeter les autres, bien entendu).

  2. Tout a fait d’accord avec toi Fonkam.
    Le fait ne mettre les meches ne revient pas renier sa culture.
    On est tellement aveuglé et aliéné que l’on pense que le problème c’est la mèche. Non le problème c’est l’africain lui même qui ne veut pas s’assumer.
    On peht s’assumer avec les mèches sur sa tete.

  3. Comme tu le dis si bien toi-même, la mèche N’EST QU’UN ACCESSOIRE, au même titre que le cheveu pour moi. Peut-on reprocher aux femmes de vouloir changer de tête ? J’ai créé une communauté Nappy, mais sans rejeter cet artifice.

    Faisons la part des choses.

  4. Je suis parfaitement d’avis avec toi, très cher. Au final, quoi qu’on en dise, l’Afrique serait bien mieux sans la mèches.
    Et encore, comme toi, pense qu’on peut les accepter, les tolérer, sous réserves qu’il ne servent pas de paravent pour dissimuler une certain frustration envers sa véritable nature et cultiver cette aliénation qui est très profonde, très profonde.
    Après, bon, il sera utile de faire la part des choses. (Je t’avoue que c’est une chose qui m’insupporte de plus en plus. Aujourd’hui, je ne peux pas faire sortir dehors ou en soirée sans compter le nombre de tête féminines « en plastique » que je rencontre… )

    1. Hahaha les « têtes féminines en plastique »? Je fais le même constat ici: toutes les filles/femmes ont ces trucs sur la tête. Et c’est hallucinant! Et je supporte de moins en moins ces artifices (peut-être à cause de l’odeur de sueur qui émane de leur chevelure lavée trop peu fréquemment)

  5. Je comprends le fond de ta pensée. Mais je trouve qu’on fait trop de procès d’intention à la femme noire. Elle doit toujours revendiquer ceci ou cela, être comme ci ou comme ça.
    J’imagine que certaines ont un vrai problème d’identité mais pour la plupart tout ça (mèches ,extension etc.), ce sont juste des coiffures choisies pour leur côté pratique et / ou esthétique. Rien de plus. Je ne pense pas que l’identité culturelle passe forcément par les cheveux.
    En revanche les produits eclairssissants sont un réel problème qu’il faut éradiquer. ..

    1. Tu sais, je pense que les produits éclaircissants et les mèches ont la même fonction: rendre les unes et les autres belles selon certains standards qui ne devraient pas être les nôtres. Et le fait de se baser sur des critères qui ne sont pas de fondement dans notre patrimoine culturel démontre, à mon avis, qu’il existe un problème de rejet de notre identité (si on pense qu’il faut avoir des cheveux lisses pour être belle alors que tout le monde autour de nous a des cheveux crépus, alors il y a un gros problème).

  6. Sous ces tonnes de mèche qui « N’EST QU’UN ACCESSOIRE », se cachent le mal-être de nos sœurs. Au royaume du paraître, elles cachent des bonheurs éphémères sous du plastique, contenant des substances nocives pour leurs santé. Femmes Africaines, aux cheveux d’autrui ou plastiqué, t’es-tu déjà demander la composition de cet artifices, qui rend pas mérite a ta beauté naturelle.

    Des visages se moquent, les corps font semblants. Préoccupé par ce que l’on montre, qu’est-on vraiment. La perfection des apparences, c’est ce qu’ils nous prônent.
    On nous fait croire que la vie n’est que la survie du corps. On oriente nos envies, on vit dans la culture du décor. C’est la fin des défauts charmants, des beautés naturelles
    Comment s’aimer sincèrement quand on est soit même artificiel ?

    Réalité virtuelle, bonté synthétique, Société pathétique qui trouve le mensonge esthétique.
    Le retour au naturel, n’est pas une mode mais une affirmation identitaire. Celle de s’accepter tel comme est…

  7. Je retiens effectivement avec toi que la mèche n’est pas un problème, mais son utilisation pourrait l’être.

    Mais je m’attendais un peu à ce que tu abordes la question des mèches humaines. Car ces mèches sont de plus en plus prisées par nos sœurs africaines. Et justement là-dessus, il y a une enquête récente de TF1 qui en a révélé les dessous de ce phénomène.

    Mais bon, ton angle ou ton objectif en écrivant ce billet était différent, je comprends. Peut-être cela l’objet d’un autre billet. Car c’est une question d’actualité.

  8. Ah, ah , la polémique… il paraît que les produits de beauté pour noires (mÈches, crème de blanchissement, etc) rapportent chaque année près de 7 milliards de dollars à l’industrie.
    Mais bon, je pense que c’est comme Rócio l’a dit, des cheveux lisses peuvent aussi être un simple besoin d’accomodation.
    Maintenant, les gens aujourd’hui veulent que les femmes portent des rastas ou des « nappy » mais si un homme noir laise pousser ses cheveux, c’est un drogué ou un voyou… bah voyons !
    Pourquoi finalement juger les personnes par leur apparence?!

    1. Je ne parle pas de cheveux lisses, Serge. Je parle de mèches et de greffes que certaines africaines utilisent pour cacher leur propre chevelure. D’ailleurs je précise dans ce billet que la mèche en elle-même n’est pas un problème, car on peut utiliser les mèches tout en restant africaine (en faisant des rastas par exemple).

      La mèche devient un problème à la seconde où son utilisation traduit et/ou renforce un certain rejet – parfois inconscient – de la culture africaine.

  9. Je suis pas tout à faire d’accord avec toi Fonkam. A la vérité la mèche ne saurait renforcer un certain rejet de quelque culture que ce soit. Un accessoire on l’utilise à sa guise autant que cela n’affecte pas notre santé et la pudeur humaine.

  10. Quand je vois les personnes qui mettent des perruques, qui sont vraiment horribles : le genre où tu vois vraiment que ce ne sont pas de vrais cheveux, mais que la personne insiste pour planter sur sa tête, je me pose souvent la question si elles ont des miroirs chez elles, et pourquoi l’entourage ne lui dit pas que c’est moche?

    1. Moi-même je me demande bien ce qu’elles trouvent aux greffes et aux perruques. Pourtant elles ont de beaux cheveux qui ne demandent qu’à être mis en valeur… L’entourage ne peut pas leur dire que c’est moche parce que justement l’entourage trouve ça beau.

  11. C’est à nous les hommes d’enourager nos soeurs à rester africaine dans leurs coeurs malgré les mèches et autres artifices.C’est nous qui voulont qu’elles ressemblent à tel héroïne d’un film hollywoodien. Donc arrêtons d mettre la pression sur elles.

    1. Nous devons les encourager à s’accepter, tu as parfaitement raison Guy. Surtout qu’elles prétendent que c’est pour nous plaire qu’elles s’affublent de tous ces artifices – je me demande tout de même si elles se couperaient un bras pour nous plaire si on le leur demandait.

      1. Bonjour Willfonkam,

        Désolée de te décevoir mais les femmes se parent de perruques, de greffes ou autre artifice pour se plaire d’abord à elles-mêmes. Et rassures-toi ! Vraiment! Nous ne sommes pas prêtent à nous couper un bras pour un homme !

        tery

        1. Je le sais, Kassa. Les femmes mettent perruques et autres greffes pour se plaire. Et je dis justement que, à cause de facteurs liés à la colonisation et à la pollution des média, les standards de beauté on lentement et dangereusement évolué dans l’esprit de nos sœurs. Elles ne trouvent beau que ce qui ressemble à ce qu’elles voient à l’extérieur. Voilà tout le problème.

  12. Hello Will,
    Je suis à moitié d’accord avec toi. D’accord sur le fait que la mèche n’est pas le problème mais son utilisation. Par contre, je ne suis pas d’accord quand tu catalogues les extensions (tissages et autres) à des reflets purs et simples de la culture européenne. Si nous trouvons sympathique que des blanches fassent des nattes pourquoi serait-il impossible d’avoir des tissages de temps à autre?
    Le problème n’est pas au fond d’en mettre mais bien l’esprit dans lequel on le fait comme l’a bien remarqué Lamuka dans son billet « vivre ou survivre ». On doit avoir envie de changer de tête pour soi et pas pour ressembler à quelqu’un.
    Comme toi, je suis contre les effets de monde mais il ne faudrait pas qu’on mette sur tout le compte des problèmes de l’Afrique. Le marché des mèches brésiliennes et autres fait bien vivre certains de nos compatriotes. Donc, ça n’enrichit pas juste l’étranger.
    En tout cas l’article est bien écrit. Merci d’avoir ouvert le débat.

    1. Hello, Anna.

      Tu as raison, le fait de mettre les mèches et autres rallonges/rajouts n’est pas forcément la manifestation d’un quelconque rejet identitaire. Mais conviens avec moi que quand on ne met que les mèches, sans jamais coiffer ses cheveux naturels de temps en temps, ça devient inquiétant. Et la plupart de nos sœurs se coiffent toutes les semaines mais jamais tu ne verras leurs cheveux. C’est à croire qu’elles en ont honte.

      En outre, le fait de se coiffer pour se plaire à soi-même n’exclut pas l’hypothèse d’une possible aliénation culturelle. Parce si on ne se plait que quand on a des cheveux artificiels sur la tête, alors là aussi on doit se poser des questions.

      Merci pour le commentaire.

  13. Willy, je porte mes mèches brésiliennes et l’aiguille là te pique? mdr. Je suis d’accord que ces dépenses ne contribueront en aucun cas au « développement de l’Afrique ».
    En tant que nappy cachée, je dirais que la plus part des femmes deviennent Nappy juste parce que c’est la tendance et personnellement, je trouve cela bizarre, juste par suivisme et non par amour, alors là je dis non, si c’est cela être nappy…
    Je ne saurais terminer mon commentaire sans balayer ce côté tant culturel qui disparaît en Afrique, ne nous limitons pas uniquement au plan capillaire, mettons notre culture en avant, sur le plan culinaire, vestimentaire, linguistique et autres…
    A chacun son choix, le plus important c’est de mieux se sentir dans sa peau.

    1. Si on ne se sent bien dans sa peau que quand on cache ce qu’on est (nos cheveux crépus) alors on doit avoir un problème. Laisse-moi te dire également que si certaines deviennent nappy par suivisme, d’autres adoptent les mèches pour la même raison. On a vu X, Y avec telle mèche, on veut mettre la même. Je suis d’accord que ça ne doit pas se limiter aux mèches. Je ferai un billet sur la question si je trouve l’inspiration nécessaire. J’aurais souhaité que tu lises mon billet sur le retour au sources avant de lire celui-ci 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *