Être un bon leader politique au Cameroun

Existe-t-il dans le monde des écoles spécialisées dans la formation des leaders politiques ? Je me suis toujours posé cette question, sans vraiment trouver de réponse – je n’ai pas beaucoup cherché non plus, j’avoue. Cependant après avoir observé quelques politiciens de mon pays, j’en suis arrivé à la conclusion que point n’était besoin d’aller dans une école de leadership pour devenir un bon leader politique. Il suffit simplement d’observer comment ça marche au Cameroun, et d’en prendre de la graine. Je les ai observés, et voici les notes que j’ai prises.

Toujours s’entourer des meilleurs

Pour un leader politique, il est très important de s’entourer d’une équipe dynamique, motivée et engagée. La première clé pour un bon leadership en politique réside donc dans le choix judicieux des collaborateurs. Ils doivent prêts être à défendre becs et ongles les idéaux du président du parti.

Alors, comment choisir ? C’est trop facile même. Regardez simplement la plupart des partis politiques camerounais. Les bureaux politiques sont généralement constitués de… membres de la famille. Le père est président, la mère est trésorière, le premier fils est secrétaire général, et ainsi de suite.

Adamou et Patricia Ndam Njoya
Adamou Ndam Njoya, président-fondateur et président à vie de l’UDC et Patricia Ndam Njoya son épouse, respectivement maire de Foumban et député UDC, ou vice-versa. Ils permutent de temps en temps, mais ça reste toujours dans la famille.

Être un fin stratège

Il est très important, indispensable même, pour un politicien camerounais, d’avoir des vestes qu’il peut porter d’un coté ou bien de l’autre – au cas où un retournement de veste s’impose. Ça s’appelle de la stratégie, et les leaders politiques camerounais sont passés maîtres en la matière, changeant leurs opinions au gré des accords souterrains qu’ils passent avec leur adversaire.

Alors, comment procéder ? Ça aussi, c’est trop simple. On commence par combattre farouchement le parti au pouvoir, on critique ses actions, on expose ses lacunes… Et, à quelques jours du vote, bam ! Retournement de veste… On appelle ses militants (sa femme, ses enfants et quelques potes) à voter pour le parti au pouvoir, ou bien on offre gracieusement toutes ses voix au parti au pouvoir. Pour des cours approfondis sur ce module, contactez Issa Tchiroma.

Issa Tchiroma Bakary - Crédit photo: cameroonvoice.com
Issa Tchiroma, ancien opposant farouche mais depuis peu allié et laudateur imbattable de Paul Biya, est ceinture noire 2ème dan en retournement de veste – Crédit photo: cameroonvoice.com

Être un bon économe

Un bon leader politique doit pouvoir montrer au peuple, aux électeurs, qu’il pourra relever l’économie du pays, et en les rassurant qu’il ne fera pas de dépenses farfelues comme ceux qui organisent de longs « courts séjours » privés en Suisse qui coûtent des milliards au contribuable.

Alors, comment faire ? Il n’y a pas plus aisé. Il suffit de faire comme la plupart de nos leaders politiques : économiser les frais que le gouvernement attribue aux formations politiques pour leur campagne électorale. Les affiches, les t-shirts au autres frais dédiés à l’achat des gadgets à distribuer peuvent tout simplement être économisés. #CQFD

Être proche des jeunes

Un bon leader politique doit être proche du peuple, et surtout de la jeunesse. Il est indispensable d’impliquer les jeunes dans les activités politiques de leur pays. C’est la seule façon de préparer la relève.

Alors, comment les rassembler ? C’est simple comme bonjour. Lors des défilés (11 février, 20 mai, etc.), il suffit de distribuer des t-shirts et des casquettes aux élèves et aux étudiants pour que ces derniers viennent défiler sous la bannière de son parti. On peut également les encourager à faire leur devoir de citoyen en leur promettant 5.000 francs pour qu’ils aillent voter pour nous – ça crée de l’emploi en même temps.

L'un des rares moment où le RDPC est prochedes jeunes du RDPC - Photo chipée sur facebook
L’un des rares moment où le RDPC est proche des jeunes Camerounais – Photo chipée sur facebook

En bonus – Avoir le sens de l’humour

L’humour, sans être un critère obligatoire, est un atout non négligeable pour qui veut devenir un leader politique remarquable et remarqué. Il est toujours plus facile de convaincre quelqu’un de voter pour son parti – ou bien pour le parti auquel on souhaite donner ses voix – après avoir fait rire la personne.

Alors, comment faire rire le peuple ? C’est à vous de voir. Vous pouvez procéder par autodérision en faisant des déclarations sans tête ni queue à la télévision. Si votre français est médiocre et truffé de fautes, ne changez surtout pas, ça peut servir. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à contacter Pa’a Jean Njeunga.

Jean Njeunga, président du FUC - Photo chipée sur facebook
Jean Njeunga, président du FUC(K) lors d’une émission inoubliable – dont la vidéo est disponible ici – sur la chaîne privée Camerounaise Équinoxe TV – Photo chipée sur facebook

Et enfin, avoir de la mémoire

En politique, mais pas seulement, il faut avoir de la mémoire, se rappeler les dates, les évènements, les personnes…

Alors, comment faire ? C’est trop simple. Il suffit de se rappeler que nous sommes le 20 avril et que c’est aujourd’hui que les membres du Blog Contest – et les njoteurs* – postent sur un thème commun. Et le thème de ce mois c’est « Les clés pour un bon leadership ». Ce n’était pas facile, je vous jure. J’espère que les autres on fait mieux que moi. Voici les liens vers leurs articles :

Leyopar

Elsa Diamond

Tegning Agnès Diouf

Elie Kogoup

Tchoupi Christian

_____

* Njoteur : un type qui n’est pas invité (à une fête par exemple), mais qui vient quand même.

22 commentaires sur “Être un bon leader politique au Cameroun

  1. vous venez de faire la posologie d’accès à la mangeoire nationale qui est le pouvoir. un des grands politiciens du Congo Brazzaville en l’occurrence Claude Ernest Ndalla avait dit: à leur époque les partis avait des militants, aujourd’hui, ils ont des membres, des gens qui viennent pour occuper des fonctions lucratives. le comble pour les hommes politiques africains en général, ils ne tiennent pas longtemps lorsqu’ils quittent les affaires car ils n’ont pas assez du ressort face à l’adversité. D’où dès la moindre approche, ils tendent les mains comme on le dit: un noyé ne regarde pas la main qui lui est tendue qu’importe que ça soit celle du diable, l’essentiel qu’il sort de l’eau. Et les citoyens intéressent les politiciens lors des élections, et après ils sont considérés comme des mouchoirs à usage unique à balancer dans la poubelle. le mode d’emploi pour accéder au pouvoir que vous venez d’évoquer fait ses preuves et ne fait que des adeptes

  2. Ton article ma donné un gros sourire après une matinée stressante, MERCI. Tu as réussi à traiter le thème avec une grosse pointe d’humour tout en restant plutôt pertinent

  3. Angle bien choisi même si la politique m’horripile … et en lisant ton article je me rappelle précisément pourquoi. Espérons qu’un jour les choses changent dans notre beau pays

    1. Je te comprends parfaitement, T♣. Les politiciens de chez nous ne donnent pas envie de s’intéresser à la politique. Et pourtant, on doit s’y intéresser un minimum (au moins en votant contre eux) de peur de les voir continuer à se moquer de nous comme ils le font depuis des années. Merci pour le commentaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *