Issa Tchiroma Bakary - Crédit photo: cameroonvoice.com

Quand Yaoundé respire, le Cameroun agonise

On le dit très souvent, « À quelque chose, malheur est bon » ; samedi dernier, j’ai eu l’occasion de m’en rendre compte. Vous avez certainement encore en mémoire les polémiques créées par le choix du lieu d’inhumation de madame Mboutchouang Rosette, la belle-mère du Nkunkuma*. Eh bien, cet événement malheureux m’a permis de comprendre un certain nombre de choses sur l’avenir du Cameroun, suite à la sortie du griot ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary.

Dans sa réaction visant à apporter des éclaircissements à ceux qui fustigeaient la décision royale d’enterrer la femme d’autrui dans un village qui n’est ni celui de la défunte, ni celui d’aucun de ses deux maris, M.Issa Tchiroma Bakary a clairement expliqué pourquoi le Cameroun ne sera jamais un pays développé – il croyait justifier son salaire en explicitant les faits et gestes du Nomngui*.

Le plaidoyer du Mincom, c’était en réalité un aveu d’échec du gouvernement du renouveau. Quand par exemple il dit que Bangou (la commune dont Badenkop, le village du mari de la défunte dépend, à l’ouest du pays), Nanga Eboko (le village de la défunte, dans le centre du pays) et même les villes environnantes ne sont pas en mesure de recevoir 10 000 personnes, car n’ayant aucune infrastructure hôtelière où le chef de l’État et ses invités peuvent passer la nuit, il semble ne pas se rendre compte qu’il accuse le président d’avoir passé plus de 30 ans au pouvoir sans jamais penser à mettre en place des structures pouvant accueillir des visiteurs (la CAN 2019 est proche), des touristes par exemple. Sauf si le Mincom voulait dire que le nombre d’étoiles des hôtels du coin ne valent pas ceux où le roi dort d’habitude en Suisse…

Crédit photo: camer.be
Crédit photo: camer.be

Continuant dans la même lancée, le Mincom accuse le président de n’avoir pas construit de route convenable pouvant relier Yaoundé à l’ouest et même à d’autres coins du centre ! Il avoue sans honte que pour que le président aille à Badenkop pour l’enterrement de sa belle-mère, il faut « améliorer les routes. » Le président n’accorderait-il que peu d’importance à la vie des Camerounais qui voyagent chaque jour par milliers, risquant de mourir sur des routes périmées ? Doit-on attendre que le président voyage pour construire des routes ? Si la réponse c’est « oui », alors on comprend pourquoi le roi vit plus en Suisse qu’au Cameroun.

La prochaine révélation que le Mincom fait est aussi inattendue que les précédentes : « Où allons-nous trouver de l’argent pour investir ou réhabiliter les aéroports, construire peut- être un hôtel, améliorer des résidences, améliorer les routes ? », demande-t-il. En bref, on n’a pas d’argent. Et pourtant, il y a quelques jours, on versait joyeusement quelques milliards de francs à Boko Haram pour libérer une poignée d’otages (sans compter les armes dont ils se sont servis à Amchidé mercredi passé).

Cependant, je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec le Mincom : si on additionne tout ce qu’on a déjà dépensé pour libérer les otages français abandonnés par leur propre gouvernement qui ne négocie pas avec les terroristes, je crois que ce sera suffisant pour réhabiliter l’aéroport de Bafoussam sans lequel le Roi ne peut se déplacer. Si on compte tous les milliards détournés par nos ministres et directeurs depuis 30 ans, ce sera plus qu’assez pour construire et réhabiliter des routes. Si on accumule tous les millions décaissés et détournés par certains maires pour participer aux obsèques de Maman Rosette, je parie qu’on peut construire des hôtels dans quelques villes du pays.

En écoutant le Mincom, j’avoue que je me suis demandé s’il s’écoutait parler. Ou mieux, s’il se comprenait. Sans le vouloir, il a simplement prouvé que le Camerounais n’a rien à espérer de la politique des grands chantiers, si ce n’est plus de problèmes, plus de misère.

Extrait de la réaction du Mincom, Issa tchiroma Bakary :

Issa Tchiroma - Crédit photo: leseptentrion.net
Issa Tchiroma Bakary a raté une bonne occasion de se taire – Crédit photo: leseptentrion.net

« Quand le chef de l’État se déplace, c’est toute la République qui se déplace. Est-ce que Bangou est en mesure de recevoir 10 mille personnes ? Est-ce que Bangou offre des possibilités pouvant permettre au  chef de l’État d’y passer la nuit ? Est-ce que vous savez que pour qu’il aille là-bas, il faut réhabiliter l’aéroport de Bafoussam ? N’oubliez pas que nous sommes en guerre contre Boko Haram et c’est une source budgétivore. Où allons-nous trouver de l’argent pour investir ou réhabiliter les aéroports, construire peut-être un hôtel, améliorer des résidences, améliorer les routes ? Où aurions-nous trouvé de l’argent alors que nos compatriotes sont en train de livrer bataille, et pour certains perdre la vie ? Ce que je dis de Bangou, l’est tout autant pour Nanga Eboko. C’est pour cette raison que la résidence du chef de l’État à Mvomeka’a, qui offrait un minimum, était tout indiquée. Donc, tous ceux-là qui font ce procès sont de très mauvais procureurs… »

* Nnomngui, Nkukuma : chef traditionnel

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