Accident de la route - Crédit photo: lindigne.blogspot.com

Des « Boko Haram » plus dangereux que ceux qu’on combat aux frontières

Cela fait déjà plus d’un an et demi que le Cameroun est aux prises avec les membres de la secte islamique Boko Haram (le premier enlèvement attribué à Boko Haram au Cameroun remonte à février 2013). Ces derniers multiplient des incursions dans notre territoire, détruisant, égorgeant, bombardant sur leur passage – avec notre aide. Ennemis du Cameroun, ils mettent tout en œuvre pour que la population se sente en insécurité totale. Actuellement, l’attention de tous les Camerounais est focalisée sur l’Extrême-nord du pays où l’armée essaie tant bien que mal de repousser les attaques de plus en plus récurrentes des assaillants. Mais vous savez, la peur, l’insécurité, la mort ne nous sont pas réellement étrangères : bien avant l’arrivée de Boko Haram au Cameroun, nous vivions déjà sous la domination de quelques « Boko Haram » d’un autre genre.

Boko Haram #1 : Les routes camerounaises

Selon l’OMS, on enregistre en moyenne 1 000 décès dus aux accidents de la route chaque année. Si vous suivez la radio ou bien la télévision, vous serez choqués par le nombre d’accidents qui surviennent sur nos routes ! C’est à croire qu’il n’y a pas de ministère en charge des transports au Cameroun ! Pourtant, il y en a un. Pourtant, on organise des campagnes de prévention. Pourtant, il y a des postes de péages le long des routes, où on prend de l’argent aux usagers. Mais à quoi sert cet argent, au juste ? Quand on voit l’état déplorable des routes au Cameroun, on se pose beaucoup de questions sur l’utilisation qui est faite de l’argent récolté aux péages.

 

Accident de la route - Crédit photo: lindigne.blogspot.com
Accident de la route – Crédit photo: lindigne.blogspot.com

Quand au mauvais état des routes s’ajoute le nombre sans cesse croissant de chauffards, on peut imaginer les résultats en termes de morts ! Pourtant, les auto-écoles pullulent au pays. Mais la vérité est que la plupart des Camerounais ont un permis de conduire avant même de s’inscrire dans les auto-écoles – ceux qui sont suffisamment conscients pour s’y inscrire. Et c’est simplement parce que le processus d’obtention d’un permis de conduire tient moins compte de l’aptitude du candidat à conduire un véhicule qu’à sa capacité à mouiller la barbe. En bon Camerounais, on mouille la barbe aux agents des bureaux de transport pour obtenir le permis. En route, on mouille la barbe aux policiers pour qu’ils ne demandent pas les papiers du véhicule ; pour finir, on mouille le bitume avec le sang des compatriotes.

Boko Haram #2 : Les hôpitaux camerounais

Au Cameroun, l’hôpital est parfois le dernier lieu où les malades se rendent. Et pour cause ! La devise dans la plupart de nos

Hôpital Laquintinie - Crédit photo: camer.be
Hôpital Laquintinie. N’y allez pas si vous n’avez pas de quoi tchoko* – Crédit photo: camer.be

hôpitaux, c’est « Payer avant d’être servi » ; c’est même « Payer pour être servi » dans certaines structures. Le personnel soignant, insensible, vous regarde mourir sans émotion si vous êtes incapables de les activer avec quelques billets. Parfois, un billet de 1000 francs suffit pour qu’on s’occupe de vous ou bien de votre malade. 1000 francs ! Voilà le prix d’une vie pour certains employés de nos hôpitaux (c’est beaucoup moins que le prix auquel Boko haram promettait de  vendre les lycéennes enlevées à Chibok). Ici chez nous, on qualifie d’ailleurs les hôpitaux de mouroirs. Et à juste titre.

Boko Haram #3 : L’armée camerounaise

Sans vouloir généraliser, je peux dire que l’armée contribue à répandre l’insécurité et la peur dans l’esprit des Camerounais (exactement comme Boko Haram). Même si on met de côté les cas des hommes en tenue chefs de gangs, ou bien ceux qui louent leurs armes aux hors-la-loi pour qu’ils aillent commettre leurs forfaits, il reste toujours ceux, plus nombreux, qui ne viennent jamais au secours des populations lorsque celles-ci sont en danger. J’ai moi-même vécu l’expérience une fois : il y avait des bruits suspects chez des voisins. Soupçonnant un braquage, j’ai appelé le 117 et je leur ai décris la scène. Ils m’ont promis qu’ils arrivaient dans quelques minutes, mais ne sont jamais venus. Depuis lors, je ne fais plus confiance à nos forces de l’ordre.

Plusieurs hommes en tenue ont fait parler d’eux au Cameroun, semant la terreur, dégainant et tirant sur des civils sans raison suffisante. Il y a quelques années (en 2007), dans la ville de Bafoussam à l’ouest du Cameroun, un homme en tenue à poursuivi et abattu froidement un moto-taximan qui avait refusé de lui donner trois cents francs. Plus récemment, c’est un marin qui ouvrait le feu sur une mère de famille à Kribi. Des cas pareils, on en rencontre tous les jours au Cameroun. Les hommes en tenue au lieu de sécuriser la population, la terrorisent et l’oppressent impunément.

Si on a décidé de combattre le Boko Haram qui est aux frontières, on devrait également prendre des mesures pour combattre les « Boko Haram » qui sont à l’intérieur du pays et qui causent autant de morts que ceux qui viennent du Nigéria.

*Tchoko: Mouiller la barbe, corrompre.

2 commentaires sur “Des « Boko Haram » plus dangereux que ceux qu’on combat aux frontières

    1. Je suis d’accord, Rod. Et je ne pense pas avoir dit le contraire. Cependant, le rôle d’une structure hospitalière n’est pas de bien faire choses et de mal faire d’autres. Un décès qui survient par négligence est une chose impardonnable – et c’est fréquent chez nous. Tu sais, on dit parfois qu’une goûte de poison dans un seau d’eau potable en fait un seau d’eau empoisonnée.

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