Les enseignants en fête - Crédit photo: zenu.org

Journée mondiale des enseignants 2014 : on tourne en rond

Dimanche dernier, 05 octobre 2014, était une journée de réjouissances pour les Camerounais – enseignants ou non. Il y a un fait que j’ai du mal à comprendre au Cameroun : pour nous, « journée mondiale » est synonyme de fête. Et comme on peut s’y attendre, on a défilé, mangé, bu, dansé… Bref, on a fêté. On a fêté, allant jusqu’à mettre de côté le thème censé piloter la célébration.

Ce thème, que je découvre le 05 octobre en me baladant sur internet, sonne dans mon oreille comme du déjà vu – ou bien du déjà entendu, si vous voulez. Le thème le voici : « Investir dans les enseignant(e)s, investir dans l’avenir ». Dernièrement, j’ai publié une série de papiers sur les thèmes des cinq dernières années c’est-à-dire les célébrations de 2009, 2010, 2011, 2012 et 2013. Et je suis un peu déçu de découvrir qu’en 2014, on a fait cinq pas en arrière en calquant le thème de cette année sur celui de 2009 qui était « Pour bâtir l’avenir, investissons dans les enseignant(e)s maintenant ».

Les enseignants sont-ils devenus amnésiques, au point d’oublier que ce thème a déjà été choisi pour leur journée, à quelques mots près ? C’est peut-être l’effet des morceaux de poulet et des bières qu’ils boivent ce jour-là… Ou alors, se sont-ils rendus compte que les années précédentes les problèmes posés par les thèmes n’avaient pas trouvé de solution favorable ? Mais je doute que ce soit le cas, au vu de la façon dont la fête s’est déroulée ici.

Le fameux pagne des enseignants  - Crédit photo: zenu.org
Le fameux pagne des enseignants – Crédit photo: zenu.org

Au Cameroun, chaque célébration est une occasion de commerce pour certains. On fabrique des pagnes de mauvaise qualité qu’on vent à prix d’or (les femmes en savent quelque chose), on organise des fêtes partout dans la ville, on achète des quantités impressionnantes d’alcool… Et le lendemain, on rentre dans sa classe super surchargée d’élèves qui n’ont aucune envie d’être là. Et on recommence à se lamenter. La routine, quoi. Les véritables gagnants lors de cette fête c’est les vendeurs de tissus, les couturiers, les restaurateurs et les propriétaires de bars. Personne d’autre.

J’ai été un peu amusé de voir un document qui invite les enseignants, entre le 03 et le 07 octobre, à envoyer des SMS, des courriels ou des tweets pour dire au Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon qu’ils défendent l’Éducation de qualité pour tous, l’inclusion de l’éducation parmi les objectifs pour le développement pour l’après-2015, et une campagne mondiale en faveur de la scolarisation de toutes les filles – qu’avez-vous fait pour cela en 2011 quand l’égalité des genres était à l’ordre du jour ?

Pour moi, cette action est tout simplement inutile.

Ban Ki Moon viendra-t-il sortir les filles de chez leurs parents pour les conduire à l’école ? Viendra-t-il former les enseignants dans les écoles normales au Cameroun ? Sera-t-il capable d’améliorer les conditions de travail et de vie des enseignants, pour qu’ils soient moins clochardisés ? Nous ne semblons pas encore avoir compris que notre développement ne peut partir que de nous.

Faisons des tweets, des mails, des SMS si l’on veut, mais tant que nous resterons bras croisés, tant que pour nous célébrer le 05 octobre signifiera porter des pagnes bon marché achetés au triple de qu’ils valent et se dégourdir les jambes sur les boulevards poussiéreux de nos villes, puis aller faire la fête en regrettant que « notre » journée ne dure que 24 heures, on ne pourra jamais améliorer la qualité de l’éducation dans nos pays, et encore moins notre condition.

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