Sacrifice du mouton - Crédit photo : rfi.fr

On n’a pas attendu la Tabaski pour conduire nos moutons à l’abattoir

Demain, c’est un grand jour pour les musulmans du Cameroun et du monde entier : c’est la fête du mouton, la fameuse Aïd El Kebir, fête du sacrifice. L’histoire parle d’Abraham (ou Ibrahim), fidèle serviteur de Dieu (ou d’Allah), qui était prêt à sacrifier son fils unique pour obéir à Dieu. Il n’y a pas meilleure preuve de confiance. Cet Abraham, c’est un vrai exemple, un modèle. Combien d’entre nous seraient prêts à égorger leurs enfants, sur la simple base d’un rêve ? Un modèle, je vous dis. D’ailleurs, je pense qu’il a inspiré beaucoup de personnes ici, au Cameroun. Sauf que leurs moutons, c’est leurs enfants, c’est la jeunesse, c’est le pays.

Il n’y a pas si longtemps que ca, nous trônions en tête des pays les plus corrompus d’Afrique. Malgré les chiffres qui sont devenus beaucoup plus cléments pour nous, je pense que la situation au pays n’a pas beaucoup évolué (Peut-être nos concurrents se sont-ils surpassés au point de nous ravir la vedette ?) Car au Cameroun, rien n’est fait pour rien. Même pour ce qui vous revient de droit, vous devez monnayer. Quel que soit le domaine dans lequel l’on exerce, il est pratiquement impossible pour les Camerounais de ne pas se retrouver confronter à la corruption à un moment ou à un autre. Maintenant, les réactions des uns et des autres face à la corruption diffèrent, mais toujours est-il que les corrompus pullulent chez nous.

Allez dans les établissements scolaires, on vous dira : la place, c’est 100 000 francs, pour les sixièmes et les terminales. De toutes les façons, vous allez débourser au moins 50 000 francs. Oui, c’est le prix. Et c’est non discutable. Quand on voit le nombre d’élèves qu’il y a dans les classes, on se demande pourquoi les camerounais pleurent la pauvreté chaque jour. Sérieux, une classe de 120 ou 150 élèves, multipliés par 100 000 ! On comprend aisément pour quoi les proviseurs sont des pachas chez nous !

Si vous déposez un dossier à la fonction publique, ou bien dans n’importe quel ministère, n’allez pas vous coucher dans votre lit, espérant que ça va aboutir un jour. Rêvez bien, les amis. « Si tu dors, ta vie dort », dit-on parfois ici chez nous. Ce n’est pas faux hein. Les plus actifs, ceux qui veulent que leurs dossiers avancent « normalement », donnent 20% si c’est un dossier qui produit de l’argent (rappel des indemnités de logement, avancements etc). Pour le reste, les prix dépendent des services et des ministères. Mais généralement, les prix sont homologués et connus de tous. On dit par exemple qu’un enseignant qui souhaite être muté doit dépenser 350 000 francs si c’est d’une région à une autre et 50 ou 100 000 francs si c’est dans la même région. Allez vous renseigner, c’est les prix officiels.

Tabaski - Crédit photo: africanistes.revues.org
Tabaski – Crédit photo: africanistes.revues.org

Conséquence, on cultive la paresse puisque le mérite ne prime plus. Si, pour passer un concours il faut payer, pourquoi devrait-on se tuer à réviser ? Une fois qu’on a acheté réussi le concours, on comprend facilement qu’il est inutile d’assister aux cours ou bien de les réviser. Si l’enseignant n’est pas corrompu – ce qui arrive encore de nos jours – on pourra toujours s’adresser au responsable de la cellule informatique ou bien à la secrétaire qui saisit les notes. Il y aura bien une personne qui agira en bon camerounais.

Et voilà comment les choses évoluent ici, dans la majorité des cas. Ceux qui ont payé pour arriver à un post n’ont généralement qu’une seule idée, récupérer leur investissement en vendant également leurs services, ceux qu’ils sont censés rendre gratuitement, puisqu’ils sont payés pour cela chaque mois. Et à défaut de gibiers à plumer (ou de moutons à sacrifier), ils se servent dans les caisses de l’État comme si c’était leurs poches.

Ces Camerounais-là, consciemment, mènent le pays à l’abattoir. Pas besoin d’attendre une célébration spéciale comme celle de demain. Non, au Cameroun, tout citoyen est un mouton, et chaque fois que l’occasion se présente, on le mène à l’abattoir, pour l’immoler sur l’autel de la corruption.

3 commentaires sur “On n’a pas attendu la Tabaski pour conduire nos moutons à l’abattoir

  1. Le mouton k tu sers au musulmans est un peu salé, laisses les d,abord tchop, et une pensée pr nos frères du grand nord et d l,est ki feterons la peur au ventre

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