La route de l'émergence est longue, et non bitumée - Crédit photo: rfi.fr

Le Cameroun, pays immergé bien avant 2035

Depuis quelques années, le gouvernement camerounais, n’a qu’un mot à la bouche : 2035. 2035, c’est l’année de tous les espoirs, l’année de toutes les réalisations, l’année de tous les accomplissements. Vous avez besoin de travail ? Patientez, en 2035, il y aura du boulot pour tous. Vous avez faim ? Supportez, bientôt on sera en 2035, les vivres seront distribués dans les marchés. Vous êtes malades ? Oooor, attendez 2035, je vous dis… en 2035, on va même fermer tous les hôpitaux, car les maladies auront disparu, les aveugles vont voir, les paralytiques marcheront. Je me demande parfois si ce n’est pas en 2035 là que Jésus ne reviendra… Une question subsiste cependant, au milieu de tant d’espoir : qui fera du Cameroun un pays émergent en 2035 ?

Peut-on espérer de l’équipe en place assez de lucidité pour nous mener à l’émergence en 2035 ? Accordons-leur le bénéfice du doute sur ce point. Mais ce qui ne laisse aucun doute, c’est qu’aucune de ces personnalités ne sera encore en vie à l’arrivée du messie, en 2035. En effet, notre gouvernement est constitué de personnes ayant pour la plupart dépassé les 60 ans. 2035 étant dans 20 ans, il n’est pas difficile de deviner que d’ici là, les dinosaures du régime actuel auront pour la plupart passé l’arme à gauche – si l’épervier les loupe. Logiquement, on s’attend à ce que la jeunesse prenne le relais. Mais qu’est-ce qui est donc fait, pour que la relève soit assurée ?

Pour être émergent, nous aurons besoin de têtes bien pleines ­– et bien faites, si possible. Donc, chez nous, on met tout en œuvre pour cela. Seulement, le niveau scolaire de nos enfants baisse de plus en plus. Les enfants écrivent de plus en plus mal, parlent encore pire qu’ils écrivent. Pas de panique, le ngomna – le fonctionnaire modèle – a la solution miracle. Au primaire, on a instauré la promotion collective : quel que soit le résultat d’un élève, il avance obligatoirement avec ses camarades de classe. Comme ça les parents seront contents. L’essentiel c’est le diplôme non ? Au secondaire, la solution c’est de délibérer les examens officiels à moins de 09 de moyenne. Quand les parents vont apprendre qu’on a fait plus de 55% de réussite, je pense qu’ils seront très contents. Après tout, c’est le diplôme qui compte.

Les jeunes que tous les pays rêvent d'avoir - Crédit photo: senego.com
Les jeunes que tous les pays rêvent d’avoir – Crédit photo: senego.com

Comme on peut s’en douter, les Camerounais n’ont pas de problèmes de travail ; au Cameroun, nous avons très peu de chômeurs – seulement 13%. Ne vous étonnez pas, nous savons très bien ce que nous faisons. Sachant que pour être considéré comme un chômeur il faut au préalable avoir une formation professionnelle, au Cameroun on s’assure qu’il n’y a pas assez d’écoles professionnelles. Bon, il y a quand même les écoles normales, les écoles polytechniques et quelques autres, mais bien nanti, celui qui parvient à y avoir une place. Donc, pour ne pas avoir un taux de chômage de 0% qui saperait notre crédibilité au niveau international, nous avons quand même laissé certains entrer dans les écoles de formation, sachant qu’ils n’auraient pas d’emploi à la fin de leur formation et qu’ils constitueraient les 13% de chômeurs dont nous avions besoin. C’est planifié, je vous dis. Notre marche vers 2035 est inexorable.

Si vous n’avez pas de boulot –  parce que n’ayant aucune formation professionnelle – ne vous plaignez pas ! Qui parmi nous n’aime pas se reposer ? Détendez-vous, il n’y a pas le feu… Mais je dis hein, vous ne voyez pas tous les bars-là ? Vous n’écoutez pas tous ces chanteurs obscènes ? Faites la fête, dansez, fumez… Il faut enjoy votre jeunesse. Les fossiles sont aux affaires, et ils ne sont pas prêts à vous céder la place. Le pouvoir est trop sucré. Quant à vous les jeunes, fer de lance de la nation, on n’a pas besoin de vous. D’ailleurs, à quoi pourriez-vous servir ? Vous êtes à peine capables d’écrire vos noms. Si vous êtes fatigués de ne rien faire au pays, allez à mbeng rester. Nous, on se prépare pour l’arrivée de 2035.

À mon avis, le but du régime n’est pas de faire du Cameroun un pays émergent en 2035. Non, ce n’est pas l’impression que les barons du régime donnent. Car comment un pays sans routes, sans hôpitaux, sans grandes écoles formant dans des domaines à mêmes de développer le pays, peut-il devenir émergent ? Je me le demande. La corruption et le favoritisme vont-ils nous aider dans ce sens ? Je ne pense pas. L’objectif visé par le régime en place, c’est de faire du Cameroun un pays immergé en 2035 ; Et je pense qu’on n’attendra pas jusqu’en 2035 pour cela ; il n’y a qu’à voir comment les bars et débits de boisson son pleins, quelle que soit la période du mois ou de l’année ; il n’y a qu’à faire un tour dans les ministères pour toucher la corruption du doigt ; il n’y a qu’à aller dans les écoles pour voir comment les élèves sont ignorants et irrespectueux ; il n’y a qu’à aller dans les hôpitaux et sur les routes voir les gens mourir. Promenez-vous au Cameroun, et vous conviendrez avec moi : avant 2035, nous seront effectivement immergés. La boisson, l’ignorance, la corruption, les détournements et bien d’autres tares auront fini de nous submerger. Car la jeunesse est délaissée, abandonnée à elle-même, sans repères, sans formation, sans espoir…

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