Enseignant et élèves - Crédit photo : rfi.fr

05 octobre, journée mondiale des discours stériles (2)

En 2009, le thème de la journée mondiale de l’enseignant était « Pour bâtir l’avenir, investissons dans les enseignant(e)s maintenant. » Une tentative d’analyse nous a conduits à constater que rien de concret allant dans le sens de l’amélioration des conditions de travail de ces derniers n’a été fait jusqu’ici. Des investissements, s’il y en a eu, n’ont certainement pas été au profit des enseignants qui continuent de travailler dans des classes surpeuplées tout en manquant cruellement d’outils pédagogiques. Une année est passée, on a tout oublié. Nous sommes donc en 2010.

Le 5 octobre 2010 – « La reconstruction commence par les enseignant(e)s »

Plus utiles en classe que dans les défilés - Crédit photo : opinion-internationale.com
Plus utiles en classe que dans les défilés – Crédit photo : opinion-internationale.com

En 2010, on a pensé à redonner à l’enseignant la place qui est la sienne : un acteur incontournable dans la (re)construction sociale, économique et intellectuelle.

Le rôle de l’enseignant dans la (re)construction sociale

Une salle de classe est une réplique miniaturisée de la société dans laquelle évoluent les apprenants. Dans une société où la femme est reléguée au second plan, on verra facilement les garçons se comporter envers ces dernières comme s’ils avaient affaire à des êtres inférieurs. On a vu une fois, dans la zone septentrionale, un élève mépriser son enseignante au point de lui dire qu’il en avait deux à la maison comme elle, donc qu’elle ne pouvait rien lui enseigner. Dans ce cas, c’est à l’enseignant de remettre les choses en ordre, de faire comprendre aux apprenants quelle est la place de chacun dans la société – comme cela a été le cas avec l’élève polygame de tout à l’heure. L’enseignant est donc à même de changer, d’orienter ou de renforcer la vision que l’élève a de la société.

Le rôle de l’enseignant dans la (re)construction économique

L’économie, facteur indispensable au développement d’un pays, est l’un des éléments que l’enseignant peut contribuer à construire ou à reconstruire. Comment ? En développant l’intérêt des apprenants dans certains secteurs d’activités susceptibles de booster l’économie du pays. De nos jours au Cameroun,  certains secteurs tels que l’agriculture, l’élevage sont encore embryonnaires, tout simplement parce que les jeunes ne s’y intéressent pas beaucoup. Tout le monde au Cameroun veut être fonctionnaire, avoir le matricule pour être en sécurité. Entre-temps, on régresse dangereusement (aucune avancée en tout cas). Il est (également) de la responsabilité de l’enseignant de faire savoir aux élèves que pour se développer, on a besoin de développer tout les secteurs de notre économie.
L’enseignant pourrait également contribuer à la reconstruction économique en aidant les apprenants à découvrir leurs propres talents. A travers les activités post et périscolaires, plusieurs enfants laissent éclore leur génie artistique. Ils découvrent et développent leurs potentialités dans divers domaines de la vie, faisant d’eux de potentiels opérateurs économiques, plutôt que des fonctionnaires dans l’âme

Le rôle de l’enseignant dans la (re)construction intellectuelle

Le rôle premier de l’enseignant est sans doute celui de construire une base intellectuelle solide chez chacun des apprenants qu’il aura à encadrer. Il a pour rôle d’armer les jeunes compatriotes de savoir, de savoir-être et de savoir-faire, leur permettant plus tard de devenir des hommes réfléchis, perspicaces, ayant un sens de l’analyse poussé. Être intelligent ne se limite pas à conjuguer un verbe au plus-que-parfait du subjonctif, d’avoir zéro faute en dictées ou encore de résoudre équations et inéquations ! Ce serait limiter l’intelligence à trop peu de choses. Être intelligent, c’est pouvoir réutiliser les connaissances transmises et reçues même quand on se trouve hors de la salle de classe, surtout quand on se trouve hors de la classe.

Ce qui cloche

L’enseignant ne saurait travailler seul. Il est en réalité un soldat qui exécute à la lettre les prescriptions de la hiérarchie. Ceci signifie que c’est en amont que le gros du boulot devrait être fait, notamment au niveau des programmes officiels et des manuels au programme. Les programmes officiels devraient être de nature à encourager l’auto-emploi. Ils devraient être axés sur les problèmes cruciaux auxquels est confronté le pays. Ils devraient présenter un modèle social avantageux pour la nation. Les manuels scolaires, à leur tour, devraient être choisis avec soin, pour convenablement jouer leur rôle de support pédagogique, capables d’aider les apprenants et les enseignants.

On constate malheureusement que sur le terrain c’est autre chose. Ici, « on fait l’école pour le diplôme ». Le choix des manuels scolaire au programme ne semble motivé par aucune raison éducative (sinon, pourquoi y a-t-il jusqu’à quatre mauvais livres au choix dans la liste des livres d’anglais ?) Pourquoi n’y a-t-il pas assez d’œuvres littéraires décrivant les réalités du terroir au programme ? Pourquoi sommes-nous surchargés de matières totalement inutiles ? C’est autant de questions dont les réponses montrent à suffisance qu’il y a encore beaucoup à faire pour que l’enseignant puisse commencer la reconstruction.

En attendant que tout cela soit fait (par qui?), le 5 octobre 2010, nous avons défilé, mangé, dansé, et bu jusqu’au petit matin.

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