Avenida Brasil, telenovela très prisée au Cameroun - Crédit photo: blog.playtv.fr

Silence ! Je regarde « ma » série…

Il fut une époque – non encore révolue – où, à partir d’une certaine heure, la vie s’arrêtait dans toutes les villes de notre pays (du moins, dans les endroits qui étaient alimentés en électricité). Grands et petits, femmes, enfants et parfois hommes, tous étaient scotchés devant leur petit écran, captivés par ces feuilletons originaires pour la plupart des pays latino-américains. Au Cameroun, on en a vu des centaines sur notre bonne vieille CRTV (Cameroon Radio and Television), du temps où elle avait encore le monopole : IsauraMarina, Terra Nostra, Marimar, Muñeca brava, etc.

Après la libéralisation de l’audiovisuel et l’avènement d’autres chaines de télévision telles que Canal 2, STV, Ariane TV et beaucoup d’autres, les choses ont pris une toute autre tournure : c’était à qui allait montrer la telenovela la plus captivante, glanant ainsi le plus de téléspectateurs, et par la même occasion les plus gros annonceurs de la place. On a donc assisté à une vraie bataille dont le champ de bataille était nos télévisions et les principales victimes, nos mères, nos femmes, nos sœurs et nos enfants. Et nos pères aussi !

La plupart des chaines de télévision diffusent deux ou trois novelas en même temps. Pour avoir un maximum de personnes devant le petit écran à l’heure de diffusion, les nouveaux épisodes passent à partir de 18h30 (les rediffusions, c’est entre 12h30 et 14h30), pour s’achever vers 21h30. Choix stratégique, n’est-ce pas ? Peut-être. Mais ce qui est sûr, c’est que les tranches horaires choisies par les télédiffuseurs ont eu – et continuent d’avoir – des conséquences désastreuses sur l’éducation des enfants.

Le nombre élevé de chaines de télévision aidant, on se retrouve facilement avec des feuilletons qui se suivent, c’est-à-dire que l’heure de fin d’un programme sur une chaine de télévision coïncide avec l’heure de début d’un autre sur une autre. Les soirées des enfants – et des femmes – se passent donc ainsi : de 18h30 à 21h30, ils n’ont d’yeux que pour le petit écran, allant d’une chaine à l’autre, s’abreuvant d’images pas toujours catholiques venues d’ailleurs.

Combien d’élèves n’ont pas révisé la veille d’un devoir parce qu’ils ne voulaient pas rater « leurs » séries ? Combien ont échoué, redoublé une classe ou bien se sont fait renvoyer d’un établissement scolaire simplement parce qu’ils n’ont pas su à quelle heure réviser leurs leçons ? Il serait difficile d’avoir le chiffre exact, mais il y en a beaucoup. Et c’est aussi à cause des parents qui, trop captivés par les mêmes programmes, n’ont pas su imposer un certaine discipline à leurs enfants, en leur fixant par exemple des heures pour la télévision et des heures pour étudier. Même ceux qui ont essayé de le faire ont échoué simplement parce qu’ils n’étaient pas là pour s’assurer que les enfants étudient effectivement.

Maintenant, il faudrait savoir, qu’est-ce que nos enfants gagnent à regarder ces feuilletons ? Pas grand-chose de positif, selon moi. Il n’y a qu’à voir les scénarii que nous proposent ces réalisateurs… Plats, monotones, parfois décousus et irréalistes, mais toujours très loin de véhiculer certaines des valeurs que chaque parent devrait essayer d’inculquer  à sa progéniture. C’est vrai, les méchants sont punis à la fin, ou au moins les bon finissent par se marier (il y a toujours une histoire de mariage dans ces feuilletons-là), mais il n’est pas rare d’entendre nos jeunes sœurs admirer la méchante (c’est toujours une femme très ravissante qui use de tous les moyens possibles pour arriver à ses fins). Après ça, doit-on s’étonner si nos enfants font de même, ou pire ?

Rubi, delicieuse manipulatrice - Crédit photo: passiontelenovelas.e-monsite.com
Rubi, delicieuse manipulatrice – Crédit photo: passiontelenovela s.e-monsite.com

L’ironie, dans ce phénomène, c’est que même les parents ne sont pas exemplaires. Combien de maris sont obligés d’attendre que leurs femmes et enfants finissent de regarder « leurs » séries (elles utilisent généralement le possessif pour parler de ces feuilletons) avant de pouvoir manger ? Combien de marmites se sont brûlées au feu, parce que la mère regardait la rediffusion d’un épisode de Marimar qu’elle a pourtant regardé la veille à 20h ? Combien de maisons n’ont plus, pour seul sujet de conversation, que des commentaires sur le dernier épisode du Clone ou bien sur le prochain épisode de La Fille du jardinier ? L’effet de ces telenovelas dans nos familles est clairement désastreux.

La telenovela est un poison lent qui attaque ce que nous avons de plus cher : l’éducation de nos enfants, le dialogue dans nos familles, l’harmonie dans nos couples. Avec le câble, le phénomène prend des proportions encore plus inquiétantes, ces feuilletons étant également diffusés sur les chaines des autres pays africains. Il n’est pas aisé, à l’allure où vont les choses, de trouver une solution définitive à ce problème, mais ceux qui sont plus à mêmes de freiner l’avancée de ces feuilletons, c’est les parents car eux seuls peuvent réellement filtrer le contenu de ce que leurs enfants regardent.

4 commentaires sur “Silence ! Je regarde « ma » série…

    1. Ah oui hein. Je me souviens vaguement de l’époque de Marimar. Les marmites brûlaient carrément au feu, les nouveaux-nés n’avaient plus droit à la tétée… La vie s’arrêtait littéralement. Aujourd’hui, rien n’a vraiment changé. C’est inquiétant.

  1. Vraiment!!! pour rendre bête, ça rend bête! Comment depuis des années que ces choses passent, les gens ne se rendent pas compte que les histoires sont toutes pareilles?! De plus, parfois ces séries ne véhiculent pas des valeurs morales très saines!!

    1. Bonsoir, N’kamma.
      Je crois que l’une des sources du problème c’est l’absence de productions locales (pour la cas du Cameroun, du moins). Mais ça ne justifie pas le choix de ces novelas à la moralité plus que douteuse.

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