Sécurité ou confort ? Un choix difficile à faire au Cameroun

Hier matin, j’ai revu un ami, un pote de très, très longue date, mais que j’avais perdu de vue depuis plus de 10 ans – 14 ans, pour être précis. Nous avons renoué contact grâce aux réseaux sociaux, et l’occasion s’étant présentée, nous nous sommes retrouvés pour bavarder un peu. Joyeuses retrouvailles, mais un peu frustrantes aussi, je dois l’avouer. Il était évident, au premier coup d’œil, que nous étions de deux environnements sociaux différents : il y avait moi, arrivant sur une moto bend-skin, en sandales, pantalon et chemisette, et il y avait lui, m’attendant, adossé à sa grosse voiture, en costard-cravate. Vous voyez le tableau… Tandis que j’avais « choisi » – entre guillemets – la sécurité, mon pote, lui avait penché pour le confort.

La sécurité, c’est se dire qu’ « un tien » généralement maigre « vaut mieux que deux tu l’auras » parfois très gros

Au Cameroun, la plupart des jeunes ont pour seul objectif d’entrer dans la fonction publique, le matricule leur garantissant un revenu mensuel constant et permanent, quel que soit leur rendement. Cependant, notre pays paye les fonctionnaires comme on paye un employé en stage. La grille salariale parle d’elle-même : un fonctionnaire de catégorie A2 (la plus élevée ici chez nous) a environ 165 000 de salaire de base – je préfère ne pas évoquer les autres primes car elles varient en fonction du métier exercé. Seulement. Quand on sait par exemple que le loyer moyen pour un appartement moderne de deux chambres à Yaoundé s’élève à 100.000 francs, on se demande bien comment les fonctionnaires font pour s’en sortir. Ah oui, on a revalorisé leur paye de 5%. La bonne blague ! Mais en réalité, s’en sortent-ils ?

Je me souviens avoir vu des fonctionnaires dormir dans les distributeurs automatiques et devant les banques les veilles des jours de paye, tellement ils étaient pressés de toucher pour pouvoir solder quelques uns de leurs problèmes. La voilà donc, la situation réelle des fonctionnaires camerounais. Avilis, misérables et démunis, ils sont parfois obligés de diversifier leur champ d’activités pour espérer joindre les deux bouts. Par conséquent, le travail pour lequel l’État les a recrutés s’en trouve négligé. Mais bon, comme on l’a déjà mentionné, la paye est constante, quel que soit le rendement. Donc, on peut facilement négliger ses classes au lycée public pour aller faire des heures de vacations ailleurs; on ne réfléchit pas à deux fois avant de quitter son poste de service pour aller travailler dans le privé. Ce qui compte, c’est qu’on est déjà sur d’avoir notre salaire à la fin du mois.

Le confort, c’est vouloir deux probables « tu l’auras », au risque de se retrouver avec moins que « un tien »

Autant c’est difficile, dans la fonction publique, d’obtenir le matricule tant couru, autant c’est difficile, dans le privé, de décrocher et maintenir un emploi qui paye suffisamment bien pour être à l’abri du besoin. La différence c’est que dans le privé, il faut être compétent, efficace, compétitif. Celui qui ne fait pas ses preuves ne pourra pas faire long feu dans une entreprise privée sérieuse. Déjà que la rémunération varie généralement selon la compétence et le rendement de l’employé dans l’entreprise. La conséquence logique c’est que les employés donnent le meilleur d’eux-mêmes, faisant ainsi prospérer l’entreprise – le contraire des sociétés publiques et para-publiques. Même les fonctionnaires qui délaissent leurs postes pour aller travailler dans le privé se donnent à fond ! Mon ami m’avouait à ce propos qu’il est constamment en train de se recycler, de mettre à jour ses connaissances, de suivre des formations parallèles (qu’elles soient liées ou pas à son domaine), pour ne pas en retard sur l’évolution des choses. Et pour garder son boulot aussi 😉

La vérité c’est que dans le privé, ceux qui sont mal payés sont la plupart du temps ceux qui ont un niveau d’études bas. Et ce sont ces derniers qui, généralement, essaient à tout prix d’entrer dans la fonction publique, sachant que leur incompétence et leurs lacunes ne leur vaudront pas d’en être renvoyés. Malheureusement, la fonction publique ne trie pas.

Un choix simple à faire, finalement

S’il fallait choisir je pense que le choix devrait revenir au gouvernement camerounais. Oui, car c’est ce dernier qui ne prend pas des mesures coercitives pour décourager les agents qui seraient tentés de lui faire des infidélités en allant travailler au privé. D’un autre coté, ce même gouvernement devrait s’assurer que les salaires des fonctionnaires soient de nature à leur permettre de vivre sans avoir besoin de faire des acrobaties, accepter des pots-de-vin ou de piquer dans les caisses de l’État pour pouvoir joindre les deux bouts. Ainsi, la rigueur dans le contrôle devra être accompagnée par une rémunération conséquente, comme dans le privé. Et l’effet immédiat sera sans doute une amélioration du niveau d’études et de meilleures opportunités d’emploi et d’auto-emploi pour les jeunes, qui désormais seront beaucoup plus concentrés sur leurs études, sachant qu’il n’y a plus de place pour la flemmardise et l’impunité qui nous caractérisent actuellement.

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