Bienvenue au Cameroun, pays «multi-bilingue»

Le bilinguisme "linguistique" - Crédit photo: ici.radio-canada.ca
Le bilinguisme « linguistique » – Crédit photo: ici.radio-canada.ca

Le Cameroun est l’un des rares pays au monde à être bilingue – en termes de français et d’anglais. Mais, contrairement aux deux autres pays avec qui nous partageons cette particularité, il faut dire que le Cameroun se démarque par la singularité et la pluralité des types de bilinguisme qu’on y rencontre.

Le bilinguisme linguistique

C’est le bilinguisme officiel, conventionnel, celui que tout le monde connait. Au Cameroun, nous avons deux langues officielles, et ce depuis la colonisation du pays simultanément par la France et par l’Angleterre. Donc, si vous comptez venir chez nous, prévoyez vos dictionnaires, révisez vos leçons d’anglais… et de français (oui, oui, les deux). Sinon, tant pis pour vous. Parce que, si vous négligez ces précieux conseils, soyez sûrs de vous entendre répondre quelque chose du genre, « I no di hear fine weti you di tok. Abek tok na fo english* », dès que vous allez vous adresser à certaines de mes sœurs ici en français. Et ça risque d’être pire si vous essayez de parler anglais – Euye ! Selon les cas, vous entendrez soit « Le mbom** si veut encore mimba*** quoi noor. Mon ami pardon passe avec ta malchance », soit ma sœur de tout à l’heure va bien vous toiser avant de dire « Abek, bro leave that your grammar fo school. No came disturb me here with’am **** ». Mais c’est normal. Qui a dit que les camerounais étaient bilingues ici ? Le Cameroun est bilingue, pas les camerounais. Nous, on a notre français, notre anglais et notre camfranglais (un adroit mélange de français, d’anglais, de pidgin et de mots tirés des langues nationales)…

Le bilinguisme alcoolique

Une fois que vous vous êtes familiarisés au camfranglais, vous êtes prêts à découvrir un autre type de bilinguisme. Ceux qui pratiquent cette forme de bilinguisme sont même généralement des polyglottes. Vous les retrouverez en général installés dans les bars, une bouteille entamée – ici on dit un blessé – à la main et plusieurs autres vides – les cadavres – sous sa chaise. Offrez leur de leur payer à boire, et vous verrez à quel point ils sont polyvalents. Si le stock de « 33 export » est épuisé, les gars changent de goût langue immédiatement. « Barman, envoie la Castel ou bien la Mutzig ». Et s’il n’y a ni Castel, ni Mutzig les gars vont se jeter sur les Guinness avec le même d’enthousiasme. De véritables polyglottes, je vous dis. Ils changent les gouts au gré des variations dans les stocks des barmen. Si ce n’est pas être bilingue, alors je ne sais pas ce que ça signifie.

Le bilinguisme sentiments

Très important, ce type de bilinguisme est très prisé par certaines camerounaises affectueusement appelées panthères. Pour confirmer leur polyvalence langagière, c’est simple : prenez leur téléphone et consultez le répertoire. Il y figure à coup sûr des contacts avec des noms sous la forme « Mougou 1 », « Mougou 2 », « Mougou 3 », « Mougou 4 » ou, mieux, vous aurez « Eau », « Électricité », « Loyer », « Ration ». Mais nous, on lit plutôt « français », « anglais », « allemand », « espagnol ». N’en demandez pas plus, elle est bilingue.
Pour ce qui est des gars, ne vous attendez pas à voir numéroté « Panthère 1, 2, 3 ». Peut-être « Ndolè », « Kondré », « Couscous gombo ». Mais pour détecter un vrai gars bilingue sentiments, vérifiez son répertoire et constatez : il n’a pas de contact féminin – excepté sa mère et ses sœurs. Mais, chaque fois que vous trouverez un prénom masculin bizarre, ajoutez-y un i ou un e à la fin, et vous comprendrez que son dur pote « Paulin » s’appelle en réalité « Pauline »,  son camarade Émile c’est une demoiselle prénommée « Émilie » et que Monsieur George a une paire de seins et dans son acte de naissance porte le prénom « Georgette ». Plus bilingue qu’un camerounais, tu meurs.

Le bilinguisme « Baileys »

Terminons par le bilinguisme le plus atypique, mais néanmoins le plus répandu hors de nos frontières. Je m’explique : vous vivez au Cameroun, disons au quartier Essos – j’ai choisi au hasard, hein. Votre voisin, bel homme, aisé, véhiculé… L’homme dont toutes les femmes rêvent, quoi. Mais bizarrement, jamais aucune dame ne lui end visite, si ce n’est sa vieille maman. Avouez que vous êtes intrigués. Jusqu’au jour où, par mégarde vous le surprenez embrassant un autre type dans sa voiture ou bien dans un couloir obscur – ou en train de boire du Baileys, ça revient au même. Et là, vous comprenez tout : c’est un bilingue. Un adepte du bilinguisme « Baileys ».
Voilà. Pour ceux qui hésitaient encore à venir chez nous, voici quelques raisons de songer à nous visiter. Surtout si vous venez d’un pays bilingue – quel que soit le type de bilinguisme que vous y pratiquez.

* I no di hear fine weti you di tok. Abek tok na fo english: Je ne comprends pas ce que tu dis. Pardon, parles en anglais (en pidgin)

** Mbom: gars (en camfranglais)

*** Mimba: se vanter, en faire un peu trop (en camfranglais)

**** Abek, bro leave that your grammar fo school. No came disturb me here with’am: Pardon mon frère, laisse la grammaire (l’anglais standard) à l’école. Ne viens pas me déranger avec ça ici (en pidgin)

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