Femme camerounaise, à quand ton indépendance ?

Coco Argentée, artiste musicienne Camerounaise
Coco Argentée, artiste musicienne Camerounaise – Crédit photo: www.culturebene.com

Singulière histoire que celle racontée par l’excellente Coco Argentée, artiste musicienne camerounaise dont la carrière a atteint la vitesse de croisière, dans la chanson Coco carbure contenue de son dernier album intitulé Trésor. La chanson raconte l’histoire d’une demoiselle qui soutient son gars pendant qu’il galère. Mais quand le bon monsieur sort enfin la tête de l’eau, il jette la pauvre pour une waka – une prostituée – qui n’a même pas souffert pour lui.

Cette chanson a deux avantages : elle nous présente un modèle, un exemple de femme qui a réussi dans son domaine. Je parle de l’artiste, bien sûr. Coco Argentée vient de sortir un album diversifié et très apprécié, sans pour autant insister sur le dessous de la ceinture comme c’est la mode depuis quelques temps, surtout chez nos sœurs qui font dans le bikutsi. D’un autre côté, et c’est le plus intéressant, sa chanson montre à quel point la femme camerounaise est dépendante de l’homme.

Profession : femme au foyer

Pour la majorité des camerounaises, la vie de rêve se résume à ne rien faire. « Femme au foyer, ça j’ai assumé », dit Coco Argentée. Il suffit d’observer quelques couples autour de nous. Dans la plupart des cas, l’homme travaille mais pas la femme. C’est vrai que cette tendance est en train d’être éradiquée par les conditions de vie qui sont de plus en plus difficiles au Cameroun, mais toujours est-il que généralement l’homme ramène plus d’argent à la maison, les femmes se contentant de petits métiers ou bien d’activités commerciales peu lucratives. Quelqu’un a chanté « Série C » il y a quelques années.

Le paradoxe dans tout ça c’est qu’elles trouvent inadmissible qu’un homme soit également sans emploi. Écoutons Coco Argentée : « Je t’ai supporté pendant des années. » En clair, elle se glorifie d’avoir vécu avec un type qui n’avait pas de boulot, oubliant qu’elle-même était sans emploi et qu’il la supportait de la même façon qu’elle le supportait. Ça fait sourire quand elle déclare « J’ai mis ma vie en suspens pour ta carrière professionnelle. » De quelle vie parle-t-elle au juste ? Sans emploi, sans biens, consommatrice en puissance, le seul sens qu’on donnerait à l’expression « mettre sa vie en suspens » c’est qu’elle a arrêté de manger dans la maison du gars ! Non, madame, ta vie a continué comme d’habitude : manger, boire, dormir. Tu aurais eu exactement la même vie sans lui, alors ne parle pas de sacrifice.

Dépendante de l’homme

Les camerounaises dépendent des hommes pour tout. A vrai dire, elles vivent à travers leurs hommes, pour la plupart. Coco argentée nous le démontre : « J’ai sacrifié ma vie pour ton avenir », dit-elle, avant d’ajouter « Ton avenir, je le croyais, serait le mien. » Que dire d’autre ? C’est clair que notre héroïne mise tout sur son homme. Elle se sacrifie pour que ce dernier réussisse. Manque de confiance en soi ou bien manque de compétence ? La réponse dépendra des cas. Mais dans chaque cas, le point commun reste cette dépendance, cette incapacité de s’affranchir des hommes, cette impossibilité de se débrouiller toutes seules.

Il arrive même que nos sœurs oublient carrément leurs propres intérêts pour ne s’intéresser qu’à ceux de leurs hommes, un peu comme si leur plaisir passait par celui des hommes. Coco argentée dit, à ce propos qu’elle sucrait la vie de sont gars et qu’elle était toujours là pour lui. Il n’y a réciprocité à aucun moment dans la chanson. C’est, invariablement, « je t’ai encadré, je t’ai supporté, je t’ai soutenu, j’ai sacrifié ma vie, j’ai toujours été là pour toi, je sucrais ta vie, j’ai mis ma vie en suspens » etc, et non « On s’est supportés, on s’est soutenus… »

Amoureuse de l’argent

Tous ces « sacrifices », les go y consentissent pour une seule raison : l’argent. C’est bien connu en Afrique, la beauté d’un homme se trouve dans sa poche. C’est évident, si une camerounaise t’encadre, te soutient, te supporte et sacrifie sa vie pour toi, sache qu’elle investit à plus ou moins long terme. Elle sait que le gars a des potentialités, elle flaire le jackpot. Et dans ce cas, elle mise tout sur lui. En retour, elle attend qu’il s’occupe d’elle – elle est femme au foyer, ne l’oublions pas. Sur ce point également, Coco Argentée me donne raison. Après qu’on l’ait abandonnée, la demoiselle de la chanson trouve un nouveau gars : « J’ai trouvé mon gars qui m’a belle-gotisé, qui m’a kaolotisé, qui a changé ma vie. » Il l’a rendue plus belle, l’a couverte d’euros et aujourd’hui elle carbure. À croire que, toute seule, elle n’est pas capable de se prendre en charge, de changer sa propre vie. Et pour elle, c’est « l’évolution de la femme. » Une évolution conditionnée par l’homme.

Débrouillarde

On ne saurait terminer sans mettre en valeur le côté débrouillard des femmes. Oui, elles savent quand même se débrouiller pour « trouver » de nouveaux gars qui leur donneront le kaolo – l’argent – et qui leur permettront de carburer en euros. Comment trouvent-elles ces gars ? Coco Argentée nous donne une piste : « Dieu merci pour moi me toyi minga asik. J’ai zouté zouté me segue yanga. » Donc, elle a zouté. En béti, zout désigne le sexe. Cette portion ne laisse aucun doute sur les activités qu’elle a menées pour trouver – entendez séduire – le bon gars. Et cela lève peut-être le voile sur ce qu’elle pense avoir sacrifié pour son ex. puisqu’elle dit elle-même qu’elle le sucrait.

Au-delà de cette analyse de morceaux choisis de la chanson de Coco Argentée, disons que c’est peut-être du fait de la culture que les femmes camerounaises se mettent dans cette position d’éternelles assistées. Même quand ces dernières ont un salaire conséquent, il n’est pas rare de les entendre réclamer l’argent de poche à leurs maris qui pourtant s’occupent de tout dans la maison. Et ce n’est pas faux non plus de dire que dans l’esprit de plus d’un africain, la femme n’a aucune dépense à faire dan la maison ou ailleurs. C’est la charge de l’homme de s’occuper de tout, même si ses revenus sont identiques ou inférieurs à ceux de sa femme. Le danger, dans ce cas, c’est que les femmes ne seront jamais respectées car considérées comme des consommatrices qui, parce qu’elles ne contribuent pas aux charges de la maison, n’ont aucun avis à donner dans les décisions à prendre dans la maison.

Voir les paroles de la chanson.

Écouter la chanson.

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